Scolarité houleuse, scolarité heureuse

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Une fois n’est pas coutume, je voudrais aborder cette rentrée de façon un peu personnelle afin de (re)donner espoir à tous les parents de ces petits zèbres et précoces de tous poils.

Je n’en fais pas mystère lorsqu’on me pose la question, c’est mon fils qui m’a amenée à décider de me consacrer à l’accompagnement du haut potentiel intellectuel et émotionnel. Si j’aborde publiquement le sujet aujourd’hui ce n’est pas pour faire l’étalage d’une quelconque fierté maternelle (même si je suis très fière de mon fils), mais pour encourager tous ces enfants et tous ces parents découragés, perdus et inquiets.
Dans quelques jours E. entre en seconde dans un excellent lycée de la région après avoir obtenu son DNB avec mention assez-bien. Pas de quoi sauter au plafond, sauf si l’on remonte un peu en arrière. Très en arrière. Précisément jusqu’en moyenne section de maternelle où une formidable institutrice (Anouk si tu te reconnais un jour, honte à toi) me déclare que mon fils ne saura jamais ni lire ni écrire et qu’il est une graine de délinquant… Il a alors trois ans… Ceci n’est que le début d’une grande histoire d’amour avec l’école qui durera jusqu’en 4ème , où tout va changer.

Détecté « enfant précoce » dès son plus jeune âge, E. a toujours été accompagné car il a eu cette immense « chance » de cumuler à peu près toutes les difficultés (un véritable cas d’école pour moi, merci à lui). Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dysgraphie, trouble visuo-spatial… Depuis son plus jeune âge il a connu psychologues, orthophonistes et psychomotricienne. Fin de la 6ème, on lui a même diagnostiqué à tort un TDAHI et prescrit de la Ritaline. Heureusement que nous l’avons fait re-tester ailleurs. Autant vous dire que durant toutes ces années ses résultats scolaires ont été inégaux et son comportement en classe souvent difficile pour les professeurs. E. a eu la chance d’être globalement accompagné par des professionnels de qualité mais cela n’a pas empêché la souffrance, l’isolement, le découragement, la spirale de l’échec, le dégoût de soi parfois et la profonde certitude d’être nul. Définitivement.

Alors comment en arrive-t-on aux résultats d’aujourd’hui vous demandez-vous ? Avec patience et confiance. En ne lâchant rien quoi qu’on vous dise sur votre enfant si vous jugez, vous, qu’il a les capacités d’y arriver. En lui permettant de croire que, s’il le veut vraiment comme il le dit, il pourra aller à l’université. En n’écoutant pas les fâcheux qui vous diront de laisser tomber. En trouvant les bons guides. En croyant en vous et en votre enfant. Il manque encore une chose à cette déjà délicate équation : en trouvant le bon établissement scolaire. Celui qui lui correspond. Et qui peut être parfois comme le dit le Dr. Olivier Revol, celui du bout de la rue. Un établissement scolaire dans lequel la Direction est sensible à la question des enfants précoces. Si possible de petite taille pour que l’enfant soit encadré. Et surtout un établissement bienveillant qui l’écoute, le reprend quand il s’égare mais sans le stigmatiser ni l’exclure et qui sait l’encourager, le féliciter et lui redonner confiance. Confiance dans les enseignants, dans la justice du système scolaire et surtout confiance en lui et envie d’y croire et d’avancer.
Bien entendu la route est encore longue pour E. jusqu’à l’université. Les embûches seront nombreuses peut-être. Il y aura des jours où le découragement reprendra le dessus. Mais rien ne pourra jamais lui enlever le souvenir de la joie de ce 12 juillet 2017 : admis avec mention assez-bien.

Alors ayez foi en votre enfant et en vous et ne baissez pas les bras. C’est difficile, injuste, inquiétant, désespérant ? Oui parfois. Souvent. Mais vous avez sûrement déjà croisé sur votre chemin de douleur, des enseignants supers ou des thérapeutes extra. Et nombreuses ont été vos joies et vos fiertés. N’oubliez pas non plus ces moments où la fulgurance de l’intelligence de votre enfant vous stupéfie. Où la sagesse de ses propos vous déconcerte. Où son extrême clairvoyance vous décontenance. Il est là l’espoir. Dans ses immenses capacités, dans sa grande résilience. Pourvu que ne disparaissent pas l’envie et la confiance.
Belle route à tous

Polémique sur le blog Maman travaille

Internet a cela de magique : découvrir sur la base d’un mauvais (et relativement consternant) article, une mine d’informations et de connaissances dans les commentaires polémiques associés à l’article.

Je découvre ce matin sur le blog Maman travaille, un papier qui relate l’exaspération de 2 enseignantes face à tous ces horribles parents qui supposent leur enfant surdoué (l’article c’est ICI).
Ils sont légion, et la faute en revient à tous ces affreux éditeurs qui publient tant de livres sur le sujet. Je cite : « les parents adorent. Vous pensez, des livres qui leur expliquent que leurs enfants sont « à part », « surdoués », « précoces », des « génies » ». En plus, « même l »Education nationale s’y met : en avril dernier, une circulaire demandait aux enseignants de porter « une attention particulière aux élèves intellectuellement précoces (EIP), pour qu’ils puissent également être scolarisés en milieu ordinaire ». Quelle horreur en effet si l’Education Nationale qui éduque nos enfants « s’y met » (depuis 2007 en réalité mais avec la lenteur qu’on lui connaît…).
Je passe donc sur le contenu médiocre de l’article qui continue de véhiculer des a priori et poncifs malodorants lorsqu’on connaît la réalité du terrain, pour me concentrer sur les commentaires qui suivent.

Je ferai seulement une parenthèse rapide afin d’éviter quelques malentendus :
1/ oui les enfants à Haut Potentiel sont nombreux, qu’ils aient un profil homogène (laminaire) ou hétérogène (complexe) : il y en aurait 1 ou 2 par classe, ni plus ni moins.
2/ oui on peut « pousser » un enfant mais cela n’augmentera jamais la mesure de son intelligence, seulement la somme de ses connaissance.
3/ oui les parents excessifs, revendicateurs, mal-aimables, obtus, acariâtres et agressifs voire stupides existent. (Remplacer le mot parents par professeurs, ça fonctionne également).
4/ non la souffrance des uns n’exclue pas celle des autres (là on peut faire tourner à toutes les places, les termes « enfants » « parents » et « enseignants »).
5/ non la question du haut potentiel n’est pas une mode même si en effet on en entend de plus en plus parler, c’est une réalité et même un « fait social total » au sens de Marcel Mauss, qu’on a simplement longtemps ignoré, se focalisant seulement les génies.
6/ non la mesure de l’intelligence n’est pas aléatoire à partir du moment où les tests sont correctement effectués par des praticiens compétents (et pas par des psychologues scolaires même si certains d’entre eux sont effectivement compétents). Les tests de QI sont étalonnés par tranche d’âge et donc aptes à effectuer une mesure en fonction de l’âge de la personne.

Revenons-en donc à l’article, ou plus précisément aux commentaires qui lui succèdent. La plupart sont extrêmement intéressants, quoi qu’ils disent et quelle que soit la position défendue. Des enseignants exaspérés par le cadre qui les contraint ou par des parents qui les jugent incompétents ce que, dans leur immense majorité, ils ne sont pas.
Des parents qui se sentent blessés par les propos de ceux qui croient que la douance de leur enfant est un effet de leur imagination et que leurs difficultés et souffrance au quotidien ne seraient donc qu’une vue de l’esprit. Des enseignants encore, révoltés contre leurs collègues formés à l’éducation de masse et fiers de continuer de la véhiculer, foulant aux pieds toutes les initiatives de ceux qui ont compris qu’on ne fait pas entrer de force un enfant rond dans un moule carré. En tout cas pas sans l’abîmer.

Et puis, petit miracle, une bouillant échange entre @guil et @vanilla.
Tous(tes) deux ne précisent pas qui ils(elles) sont ni surtout quel est leur métier (même si à la lecture de leurs posts on finit par s’en faire une idée). L’une fait preuve à mon avis d’une relative mauvaise foi et fausse modestie et l’autre est plus épidermique et militante (oui j’abandonne le masculin après tout on est sur un blog de mamans), mais toutes deux semblent avoir une fort bonne connaissance de leur sujet et défendent des positions antinomiques mais argumentées et érudites. Ça ferraille sec au sujet de l’existence attestée des profils laminaires et complexes, et, ça s’envoie du Revol, Lançon, Siaud-Facchin, Terman etc à la figure. Je regrette l’absence dans leur débat de Jacques Grégoire, professeur à l’Université de Louvain et grand spécialiste de la question de la mesure de l’intelligence. (C’est lui qui coordonne l’échantillonnage, l’étalonnage et l’adaptation des tests de QI pour les pays francophones et son avis serait ici plus que bienvenu).

Bref un débat de grande qualité pour une fois, fort étayé de part et d’autre et enrichissant car il permet précisément de montrer que nous sommes encore en plein « work in progress » sur cette question. Les ouvrages de vulgarisation sont ce qu’ils sont et oui, ils souvent écrits sur la base des observations cliniques de praticiens, qui voient davantage d’adultes et d’enfants en souffrance que de gens qui vont bien. Mais des études scientifiques existent également même si elles sont peu connues du grand public. Des ouvrages polémiques existent également, comme celui de Wilfrid Lignier (qui est à mon sens fort contestable du fait notamment de son faible échantillon) ou de Nicolas Gauvrit. Les voix pour et contre savent toutes deux se faire entendre, les commentaires de cet article en sont une autre preuve. Je voudrais seulement insister une fois encore que le fait que, dans tous ces débats, l’aspect anthropologique du sujet n’est jamais abordé et que citer d’excellentes études parues dans la revue Nature mais qui ont pour terrain une population anglo-saxonne, suédoise, israélienne ou autre, afin de conforter des prises de position françaises est abscons. Cela revient à faire de l’ethnocentrisme à l’envers. Je renvoie donc les lecteurs aux travaux de Tobie Nathan, psychiatre et anthropologue, « inventeur » de l’ethnopsychiatrie et qui a si bien écrit sur l’absurdité de transposer des théories des sciences humaines d’une population à une autre. Je renvoie également au travail de Geert Hofstede sur la différenciation culturelle, riche d’enseignement, que l’on se place dans le cadre de l’entreprise, de l’école ou de la famille. Bien sûr il est naturel de s’approprier et de critiquer (dans le sens noble du terme) les lectures que l’on peut faire.

Mais gardons à l’esprit, toujours, que l’universalité n’existe pas et que tout fait social est fortement inscrit dans son Histoire, dans sa Culture et dans son groupe humain.

 

 

 

Les enfants intellectuellement précoces sont-ils particulièrement anxieux ?

Je réagis aujourd’hui au post paru le 9 février sur le blog de Nicolas Gauvrit : Les enfants intellectuellement précoces sont-ils particulièrement anxieux ?
Nicolas Gauvrit est l’auteur de Les surdoués ordinaires ouvrage que je n’ai pas encore chroniqué ici. Il est Maître de conférences et chercheur en sciences cognitives à l’Ecole pratique des hautes études (Paris).

Dans cet article, Nicolas Gauvrit aborde la question de l’anxiété communément admise des enfants précoces et publie deux graphiques montrant que si, selon les sondés, les enfants précoces seraient nettement plus anxieux, selon les recherches scientifiques, ils le seraient en définitive moins que les autres. L’auteur s’appuie toujours sur des publications scientifiques et nous saluons ici cette démarche scientifique.

Graphique anxiété Nicolas Gauvrit
Nous voudrions nous attarder dans cet article, sur l’aspect culturel, anthropologique, de la question du haut potentiel qu’aborde N. Gauvrit dans sa publication.
Il dit : « Il est bien sûr possible que l’anxiété des surdoués soit sous la dépendance d’effets culturels : aux Etats-Unis et en Israël, où une majorité de ces travaux ont été menés, les surdoués sont sans doute mieux perçus qu’en France, où on les considère parfois avec un certain mépris comme des enfants gâtés. Néanmoins, il se trouve que parmi les 13 études, deux ont été faites en France (Guénolé et al., 2013 ; Guignard et al., 2012), et aucune ne trouve de lien significatif entre anxiété et douance. »
Etant anthropologue de formation, je pense en effet que cette question de l’origine culturelle est essentielle. Nous sommes, en France, plongés dans une culture de la norme (voire de la normalisation) qui tend à bannir tout ce qui « dépasse ». On peut lire le chapitre consacré à ce sujet par Monique de Kermadec dans « L’adulte surdoué » (p89 à 99). Elle y explique notamment que notre fonctionnement sociétal hyper hiérarchisé, l’importance dans notre société du respect de la règle, la prédominance du long terme sur le court terme et le manque de valorisation de la prise de risques dans notre pays, convient assez peu aux surdoués.
Lorsqu’on travaille sur les questions de l’interculturalité ou de la multiculturalité, on se rend compte en effet de l’emprise culturelle et sociétale sur le développement de l’individu, sur sa capacité à se positionner en tant qu’individu au sein du groupe auquel il appartient etc. De très nombreux travaux d’anthropologues, sociologues et psychologues ont été publiés sur cette question. On peut citer Erving Goffman et l’excellent « Les rites d’interaction ».
Bref cet aspect de la question est extrêmement intéressant et personnellement me passionne, je continuerai à m’y intéresser. Tout comme me passionne l’apport récent des neuro-sciences et les travaux actuels sur le cerveau neurosocial et l’intelligence relationnelle (Goleman, Bustany, Cyrulnik etc).
Le livre de Nicolas Gauvrit est intéressant et apporte un éclairage nouveau et nécessaire sur ces surdoués « ordinaires ». Et cette question de l’anxiété et de son possible sur-investissement est également fort intéressante. Mais je pense qu’il n’est aujourd’hui pas possible, au vu du petit nombre d’études scientifiques menées dans notre pays et de la difficulté de constituer un échantillonnage « objectif » de surdoués (il l’explique lui-même dans son livre), de trancher sur cette question.
Au final, il me semble que toute catégorisation est actuellement hasardeuse, et qu’il est peut-être aussi « dangereux » et nuisible de publier un graphique montrant que les surdoués sont moins anxieux que les autres que de véhiculer l’idée que tous les HP sont anxieux.
A suivre…

Anthropologia a les honneurs de Sud Ouest

L’étude anthropologique et le cabinet Anthropologia à l’honneur dans Sud Ouest.

Un potentiel difficile à valoriser.
Les enfants intellectuellement précoces sont mal connus. Enquête d’une anthropologue.
Par Jean-Louis Hugon – Sud Ouest du 22/01/2015

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Extrait :
Olivia Gémain s’est intéressé de prés à cette question en allant voir 38 parents d’enfants landais confontés à ce porblème. Un travail réalisé entre novembre 2013 et mai 2014 de façon entièrement bénévole, dont elle a tiré un rapport.

Sud Ouest : Quelle a été votre démarche pour lancer cette enquête ?
Quand on cherche les réponses à ces questions, on ne les trouve que dans les livres, sur internet, dans des conférences ou auprès des associations. Mais la plupart du temps les parents sont livrés à eux-mêmes pour comprendre pourquoi leur enfant est différent des autres. C’est pour cela que je souhaitais voir els acteurs locaux, afin de collecter des informations et de connaître la situation réelle dans les Landes. Je suis allée rencontrer 38 familles (et aussi des professionnels de la santé et de l’éducation, des bénévoles d’associations), pour comprendre comment elle s’en sortent. Il fallait mettre des mots sur des maux.

Comment fonctionnent ces enfants que l’on appelle parfois des petits-génies ou des surdoués?
Il faut tout de suite oublier ces mots car ils reposent des a priori. Je préfère parler d’enfant à Haut Potentiel Intellectuel et Emotionnel (on parle de douance au Canada). Ce sont des êtres ayant un mode atypique de fonctionnement intellectuel, une structure de la pensée différente. Ils peuvent réfléchir plus rapidement, ont une pensée qui fonctionne en arborescence, leur permettant une éclosion d’idées en permanence.

L’intégralité de l’article ICI ou pdf sur demande.

Enfants Précoces Assistance

Enfants Précoces Assistance : association d’accompagnement des familles d’enfants précoces, surdoués ou à Haut Potentiel.

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Enfants Précoces Assistance est une association située dans les Landes. Fondée par des professionnels (Enseignant, Psychologue, Anthropologue, médecin…) elle organise des cafés-parents, des ateliers pour les enfants et les ados, des conférences etc.
Enfants Précoces Assistance accompagne également les parents dans les difficultés éventuelles rencontrées à l’école.
Visitez la page FB de l’Association.

 

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