Scolarité houleuse, scolarité heureuse

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Une fois n’est pas coutume, je voudrais aborder cette rentrée de façon un peu personnelle afin de (re)donner espoir à tous les parents de ces petits zèbres et précoces de tous poils.

Je n’en fais pas mystère lorsqu’on me pose la question, c’est mon fils qui m’a amenée à décider de me consacrer à l’accompagnement du haut potentiel intellectuel et émotionnel. Si j’aborde publiquement le sujet aujourd’hui ce n’est pas pour faire l’étalage d’une quelconque fierté maternelle (même si je suis très fière de mon fils), mais pour encourager tous ces enfants et tous ces parents découragés, perdus et inquiets.
Dans quelques jours E. entre en seconde dans un excellent lycée de la région après avoir obtenu son DNB avec mention assez-bien. Pas de quoi sauter au plafond, sauf si l’on remonte un peu en arrière. Très en arrière. Précisément jusqu’en moyenne section de maternelle où une formidable institutrice (Anouk si tu te reconnais un jour, honte à toi) me déclare que mon fils ne saura jamais ni lire ni écrire et qu’il est une graine de délinquant… Il a alors trois ans… Ceci n’est que le début d’une grande histoire d’amour avec l’école qui durera jusqu’en 4ème , où tout va changer.

Détecté « enfant précoce » dès son plus jeune âge, E. a toujours été accompagné car il a eu cette immense « chance » de cumuler à peu près toutes les difficultés (un véritable cas d’école pour moi, merci à lui). Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dysgraphie, trouble visuo-spatial… Depuis son plus jeune âge il a connu psychologues, orthophonistes et psychomotricienne. Fin de la 6ème, on lui a même diagnostiqué à tort un TDAHI et prescrit de la Ritaline. Heureusement que nous l’avons fait re-tester ailleurs. Autant vous dire que durant toutes ces années ses résultats scolaires ont été inégaux et son comportement en classe souvent difficile pour les professeurs. E. a eu la chance d’être globalement accompagné par des professionnels de qualité mais cela n’a pas empêché la souffrance, l’isolement, le découragement, la spirale de l’échec, le dégoût de soi parfois et la profonde certitude d’être nul. Définitivement.

Alors comment en arrive-t-on aux résultats d’aujourd’hui vous demandez-vous ? Avec patience et confiance. En ne lâchant rien quoi qu’on vous dise sur votre enfant si vous jugez, vous, qu’il a les capacités d’y arriver. En lui permettant de croire que, s’il le veut vraiment comme il le dit, il pourra aller à l’université. En n’écoutant pas les fâcheux qui vous diront de laisser tomber. En trouvant les bons guides. En croyant en vous et en votre enfant. Il manque encore une chose à cette déjà délicate équation : en trouvant le bon établissement scolaire. Celui qui lui correspond. Et qui peut être parfois comme le dit le Dr. Olivier Revol, celui du bout de la rue. Un établissement scolaire dans lequel la Direction est sensible à la question des enfants précoces. Si possible de petite taille pour que l’enfant soit encadré. Et surtout un établissement bienveillant qui l’écoute, le reprend quand il s’égare mais sans le stigmatiser ni l’exclure et qui sait l’encourager, le féliciter et lui redonner confiance. Confiance dans les enseignants, dans la justice du système scolaire et surtout confiance en lui et envie d’y croire et d’avancer.
Bien entendu la route est encore longue pour E. jusqu’à l’université. Les embûches seront nombreuses peut-être. Il y aura des jours où le découragement reprendra le dessus. Mais rien ne pourra jamais lui enlever le souvenir de la joie de ce 12 juillet 2017 : admis avec mention assez-bien.

Alors ayez foi en votre enfant et en vous et ne baissez pas les bras. C’est difficile, injuste, inquiétant, désespérant ? Oui parfois. Souvent. Mais vous avez sûrement déjà croisé sur votre chemin de douleur, des enseignants supers ou des thérapeutes extra. Et nombreuses ont été vos joies et vos fiertés. N’oubliez pas non plus ces moments où la fulgurance de l’intelligence de votre enfant vous stupéfie. Où la sagesse de ses propos vous déconcerte. Où son extrême clairvoyance vous décontenance. Il est là l’espoir. Dans ses immenses capacités, dans sa grande résilience. Pourvu que ne disparaissent pas l’envie et la confiance.
Belle route à tous

Polémique sur le blog Maman travaille

Internet a cela de magique : découvrir sur la base d’un mauvais (et relativement consternant) article, une mine d’informations et de connaissances dans les commentaires polémiques associés à l’article.

Je découvre ce matin sur le blog Maman travaille, un papier qui relate l’exaspération de 2 enseignantes face à tous ces horribles parents qui supposent leur enfant surdoué (l’article c’est ICI).
Ils sont légion, et la faute en revient à tous ces affreux éditeurs qui publient tant de livres sur le sujet. Je cite : « les parents adorent. Vous pensez, des livres qui leur expliquent que leurs enfants sont « à part », « surdoués », « précoces », des « génies » ». En plus, « même l »Education nationale s’y met : en avril dernier, une circulaire demandait aux enseignants de porter « une attention particulière aux élèves intellectuellement précoces (EIP), pour qu’ils puissent également être scolarisés en milieu ordinaire ». Quelle horreur en effet si l’Education Nationale qui éduque nos enfants « s’y met » (depuis 2007 en réalité mais avec la lenteur qu’on lui connaît…).
Je passe donc sur le contenu médiocre de l’article qui continue de véhiculer des a priori et poncifs malodorants lorsqu’on connaît la réalité du terrain, pour me concentrer sur les commentaires qui suivent.

Je ferai seulement une parenthèse rapide afin d’éviter quelques malentendus :
1/ oui les enfants à Haut Potentiel sont nombreux, qu’ils aient un profil homogène (laminaire) ou hétérogène (complexe) : il y en aurait 1 ou 2 par classe, ni plus ni moins.
2/ oui on peut « pousser » un enfant mais cela n’augmentera jamais la mesure de son intelligence, seulement la somme de ses connaissance.
3/ oui les parents excessifs, revendicateurs, mal-aimables, obtus, acariâtres et agressifs voire stupides existent. (Remplacer le mot parents par professeurs, ça fonctionne également).
4/ non la souffrance des uns n’exclue pas celle des autres (là on peut faire tourner à toutes les places, les termes « enfants » « parents » et « enseignants »).
5/ non la question du haut potentiel n’est pas une mode même si en effet on en entend de plus en plus parler, c’est une réalité et même un « fait social total » au sens de Marcel Mauss, qu’on a simplement longtemps ignoré, se focalisant seulement les génies.
6/ non la mesure de l’intelligence n’est pas aléatoire à partir du moment où les tests sont correctement effectués par des praticiens compétents (et pas par des psychologues scolaires même si certains d’entre eux sont effectivement compétents). Les tests de QI sont étalonnés par tranche d’âge et donc aptes à effectuer une mesure en fonction de l’âge de la personne.

Revenons-en donc à l’article, ou plus précisément aux commentaires qui lui succèdent. La plupart sont extrêmement intéressants, quoi qu’ils disent et quelle que soit la position défendue. Des enseignants exaspérés par le cadre qui les contraint ou par des parents qui les jugent incompétents ce que, dans leur immense majorité, ils ne sont pas.
Des parents qui se sentent blessés par les propos de ceux qui croient que la douance de leur enfant est un effet de leur imagination et que leurs difficultés et souffrance au quotidien ne seraient donc qu’une vue de l’esprit. Des enseignants encore, révoltés contre leurs collègues formés à l’éducation de masse et fiers de continuer de la véhiculer, foulant aux pieds toutes les initiatives de ceux qui ont compris qu’on ne fait pas entrer de force un enfant rond dans un moule carré. En tout cas pas sans l’abîmer.

Et puis, petit miracle, une bouillant échange entre @guil et @vanilla.
Tous(tes) deux ne précisent pas qui ils(elles) sont ni surtout quel est leur métier (même si à la lecture de leurs posts on finit par s’en faire une idée). L’une fait preuve à mon avis d’une relative mauvaise foi et fausse modestie et l’autre est plus épidermique et militante (oui j’abandonne le masculin après tout on est sur un blog de mamans), mais toutes deux semblent avoir une fort bonne connaissance de leur sujet et défendent des positions antinomiques mais argumentées et érudites. Ça ferraille sec au sujet de l’existence attestée des profils laminaires et complexes, et, ça s’envoie du Revol, Lançon, Siaud-Facchin, Terman etc à la figure. Je regrette l’absence dans leur débat de Jacques Grégoire, professeur à l’Université de Louvain et grand spécialiste de la question de la mesure de l’intelligence. (C’est lui qui coordonne l’échantillonnage, l’étalonnage et l’adaptation des tests de QI pour les pays francophones et son avis serait ici plus que bienvenu).

Bref un débat de grande qualité pour une fois, fort étayé de part et d’autre et enrichissant car il permet précisément de montrer que nous sommes encore en plein « work in progress » sur cette question. Les ouvrages de vulgarisation sont ce qu’ils sont et oui, ils souvent écrits sur la base des observations cliniques de praticiens, qui voient davantage d’adultes et d’enfants en souffrance que de gens qui vont bien. Mais des études scientifiques existent également même si elles sont peu connues du grand public. Des ouvrages polémiques existent également, comme celui de Wilfrid Lignier (qui est à mon sens fort contestable du fait notamment de son faible échantillon) ou de Nicolas Gauvrit. Les voix pour et contre savent toutes deux se faire entendre, les commentaires de cet article en sont une autre preuve. Je voudrais seulement insister une fois encore que le fait que, dans tous ces débats, l’aspect anthropologique du sujet n’est jamais abordé et que citer d’excellentes études parues dans la revue Nature mais qui ont pour terrain une population anglo-saxonne, suédoise, israélienne ou autre, afin de conforter des prises de position françaises est abscons. Cela revient à faire de l’ethnocentrisme à l’envers. Je renvoie donc les lecteurs aux travaux de Tobie Nathan, psychiatre et anthropologue, « inventeur » de l’ethnopsychiatrie et qui a si bien écrit sur l’absurdité de transposer des théories des sciences humaines d’une population à une autre. Je renvoie également au travail de Geert Hofstede sur la différenciation culturelle, riche d’enseignement, que l’on se place dans le cadre de l’entreprise, de l’école ou de la famille. Bien sûr il est naturel de s’approprier et de critiquer (dans le sens noble du terme) les lectures que l’on peut faire.

Mais gardons à l’esprit, toujours, que l’universalité n’existe pas et que tout fait social est fortement inscrit dans son Histoire, dans sa Culture et dans son groupe humain.

 

 

 

Etre surdoué en France. Le poids du contexte culturel.

Et si être surdoué en France était particulièrement difficile, du fait du poids du contexte culturel?

Je voudrais revenir aujourd’hui sur les travaux de Geert Hofstede (psychologue social et professeur d’anthropologie) sur les dimensions culturelles. Ces travaux, commencés en 1967 se poursuivent toujours au sein du Hofstede Centre à Helsinki. Ceux-ci me sont d’une grande utilité lorsque j’anime des formations en entreprise sur l’interculturalité. Mais avant de se synthétiser ces travaux, quelques explications :

Tout le monde sait, de manière implicite, que des différences culturelles existent d’un pays à l’autre. Elles sont même, souvent, l’une des premières raisons au voyage. Mais « ailleurs » est aussi et toutjours « l’ici » d’un l’Autre – et réciproquement, ne l’oublions pas. Ou, comme se plaisait à nous le rappeler mon directeur de recherches à la fac : « nous sommes tous le sauvage d’un autre ». Cette réalité évidente devrait se rappeler à nous lorsque nous nous basons sur des études réalisées à l’étranger pour analyser des éléments de notre propre société. L’étude de la question du Haut Potentiel n’y fait pas exception. Il est fort tentant, vu le faible nombre d’études réalisées en France, d’aller chercher « ailleurs » des éléments de nature à étayer des hypothèses de travail hexagonales. L’anthropologue tapie en moi frémit à chaque fois. Comment est-il possible de faire fi des spécificités socio-culturelles du pays dans lequel sont réalisées ces différentes études ? Même Nicolas Gauvrit (in Les surdoués ordinaires) le reconnaît dans son article sur l’anxiété : « Il est bien sûr possible que l’anxiété des surdoués soit sous la dépendance d’effets culturels : aux Etats-Unis et en Israël, où une majorité de ces travaux ont été menés, les surdoués sont sans doute mieux perçus qu’en France, où on les considère parfois avec un certain mépris comme des enfants gâtés ». Notons l’usage du terme « possible »…

Monique de Kermadec ne s’y est elle pas trompée puisqu’elle introduit cette notion à plusieurs reprises dans l’excellent ouvrage (non scientifique certes) L’adulte surdoué – page 90 elle cite même le nom de Hofstede (ainsi que les travaux du sociologue français Michel Crozier). Mais elle est le seul auteur, parmi l’ensemble des travaux de « vulgarisation » paru ces dernières années, à tenir compte de ce paradigme.

Cette question des fondements culturels des sociétés et de leur impact sur le regard que porte une société sur les personnes à haut Potentiel devrait être à la base de toutes les réflexions sur ce sujet. Comment théoriser « universellement » sur cette question ? L’universalité en sciences humaines n’existe pas. Nous sommes tous immergés dans un contexte qui nous définit fondamentalement. Nous sommes en quelque sorte les « produits » de cette culture et les chercheurs eux-mêmes n’échappent pas à cette réalité, même si les laboratoires tentent (parfois) de réduire l’incidence de ce biais. Toute étude effectuée dans un pays ne vaut que  par et dans le contexte dans lequel elle a été produite et doit, à ce titre, être prise avec la plus grande prudence lorsqu’elle est « exportée » dans un autre pays.

Venons-en donc aux travaux de Geert Hofstede sur les dimensions culturelles. Selon Hofstede, la culture est une « programmation mentale » qui distingue les membres d’une culture par rapport à l’autre. Chaque culture fonctionne selon son propre système de valeurs et ses membres se comportent selon les règles qui sont appropriées dans une situation donnée. Son approche de la culture est basée sur la définition donnée par l’anthropologue américain Kluckhohn « la culture est la manière de penser, de sentir et de réagir d’un groupe humain, surtout acquise et transmise par des symboles, et qui représente son identité spécifique : elle inclut les objets concrets produits par le groupe. Le cœur de la culture est constitué d’idées traditionnelles et des valeurs qui lui sont attachées. »

Hofstede a mis en exergue 4, puis 5 et aujourd’hui 6 dimensions permettant de caractériser une société, un peu comme on étudie le profil psychologique d’une personne. Ces dimensions s’appuient sur la prééminence des valeurs collectives d’un groupe social. Chaque culture fonctionne selon son propre système de valeurs et ses membres se comportent dans une situation donnée, selon des règles implicites qui sont intériorisées.

A ce stade il est nécessaire d’anticiper d’éventuelles remarques en précisant que ces travaux ne permettent absolument pas de conclure à un déterminisme social à la Durkheim mais ressemblent davantage à la théorie de l’Habitus selon Bourdieu. Hofstede souligne que les dimensions culturelles sont uniquement une structure permettant d’évaluer globalement une culture donnée. Cela ne supprime nullement les autres facteurs comme la personnalité, l’histoire familiale et les valeurs de chaque individu.

C’est donc le degré de valeur accordée par le groupe, qui est évalué selon un barème de 1 à 120, pour chacune des dimensions.

Les six dimensions sont :

La distance hiérarchique : selon Hofstede, « la distance par rapport au pouvoir consiste en l’acceptation et l’attente, par les membres des organisations et des institutions ayant le moins de pouvoir, de ce que le pouvoir soit distribué de manière inégale. » Cette dimension mesure donc le rapport des individus à la hiérarchie et le degré d’inégalité attendu et accepté par les individus. Un score faible indique qu’une culture attend et accepte que les relations de pouvoir soient démocratiques et que ses membres soient perçus comme égaux. Un score élevé signifie au contraire que la société attend et accepte l’existence d’une forme hiérarchique importante.

Parmi les pays à distance hiérarchique élevée, nous trouvons les pays latins européens (France, Belgique, Italie, Espagne), les pays d’Amérique du Sud, les pays arabes et les pays d’Afrique noire.
Parmi les pays à distance hiérarchique faible, nous avons les pays germaniques, scandinaves et anglo-saxons.

Le contrôle de l’incertitude : il s’agit de « la tolérance d’une société pour l’incertitude et l’ambiguïté. » Cette dimension mesure la façon dont une société aborde le risque ou l’évite ainsi que l’anxiété face au changement. Les moyens utilisés par les sociétés pour limiter l’incertitude et les risques sont : la technologie, la loi et la religion.
Les cultures qui ont un indice élevé de contrôle de l’incertitude, sont peu tolérantes face au changement et ont tendance à réduire l’anxiété de l’inconnu en mettant en place des règles rigides, des règlements et/ou des lois. Les sociétés à faible indice de contrôle de l’incertitude sont plus ouvertes au changement, disposent de moins de règles et de lois, et leurs directives sont plus souples.

Parmi les pays avec un contrôle élevé de l’incertitude : La Russie, le Japon, le Pérou, La France, l’Espagne et le Chili.
Parmi les pays avec un contrôle faible de l’incertitude : les pays scandinaves, la Chine, les pays anglo-saxons, le Liban, le Sud-Est asiatique et les pays en voie de développement, comme l’Inde et les pays africains.

Individualisme ou collectivisme : mesure le « degré auquel les individus sont intégrés aux groupes. » Cette dimension (qui n’a aucune connotation politique) fait référence au degré d’indépendance et de liberté que peuvent revendiquer les membres d’une société.
Les cultures individualistes donnent de l’importance à la réalisation des objectifs personnels. Dans les société collectivistes, les objectifs du groupe et son bien-être ont plus de valeur que ceux de l’individu.

Les pays les plus individualistes sont les Etats-Unis, l’Australie, les Pays-Bas, et le Canada. La France, comme tous les autres pays européens, se classe du côté individualiste. Les pays arabes et tous les pays en voie de développement se retrouvent du côté des cultures communautaires.

L’indice de masculinité (et de féminité) : Cette dimension définit le niveau d’importance qu’une culture accorde aux valeurs de réussite et de possession (valeurs masculines) et à l’environnement social ou à l’entraide (valeurs féminines).
Les cultures dont le score est élevé sur l’échelle de la masculinité présentent généralement des différences plus évidentes entre les genres et ont tendance à être plus compétitives et ambitieuses. Celles dont le score est bas présentent moins de différences entre les genres et accordent plus de valeur à la construction des relations.

Les pays où l’indice de masculinité est le plus élevé sont le Japon, l’Allemagne, l’Italie et le Mexique.
Parmi les pays à culture féminine : Le score le plus élevé est celui des pays scandinaves et des Pays-Bas, puis le Chili.
En-dessous de la moyenne on trouve la Russie, le Pérou, la France et le Burkina-Faso.
Les pays anglo-saxons se situent au-dessus de la moyenne.

L’orientation à long terme contre orientation à court terme : Cette dimension décrit l’horizon temporel d’une société. Les cultures orientées court terme donnent de la valeur aux méthodes traditionnelles et au respect des engagements sociaux. Le temps est perçu comme circulaire. Cela signifie que passé et présent sont interconnectés et que ce qui ne peut être fait aujourd’hui peut l’être demain. L’opposé est l’orientation à long terme, qui perçoit le temps comme linéaire et regarde le futur plutôt que le présent ou le passé. Les valeurs sont patience et persévérance. Une telle société vise des objectifs et donne de la valeur aux récompenses.

Les pays dont l’orientation à long terme est la plus faible : Philippines, Maroc, Suède, Canada, USA, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie. France et Pays-Bas sont dans une moyenne.
Les pays dont l’orientation à long terme est la plus forte : Chine (de très loin), Hong-Kong, Russie, Taïwan, Japon, Corée du Sud.

Indulgence versus retenue (ou plaisir contre modération) : Cette dimension mesure la capacité d’une culture à satisfaire les besoins immédiats et les désirs personnels de ses membres. Les cultures donnant de la valeur à la modération disposent de règles et normes sociales strictes. Plus la mesure de cet indice est importante, plus l’optimisme est grand, la liberté d’expression garantie, la discipline morale faible. Plus cet indice est faible (la retenue ou modération prime) plus la discipline morale est importante, la liberté d’expression maîtrisée, le pessimisme important.

Pays à fort indice d’indulgence : Mexique, Colombie, Congo, Suède.
Pays à faible indice d’indulgence: Russie, Chine, Maroc, Corée du sud.
Canada, USA et Pays-Bas se situent davantage dans l’indulgence.
France, Japon et Allemagne sont en dessous de la moyenne.

Si l’on se base sur les six dimensions de Hofstede (voir graphique ci-dessous), on se rend compte qu’en France, notre rapport à la hiérarchie, notre très faible niveau de tolérance à l’incertitude, notre indice de masculinité moyen et notre rapport au temps et notre faible degré d’indulgence ne nous placent pas parmi les pays les plus novateurs sur ces questions. Chez nous la prise de risque n’est pas valorisée, le long terme qui nous fait nous tourner vers le passé, le poids des règles, de la norme et de la hiérarchie est prépondérant. La France n’est pas un pays très novateur sur les questions sociétales. A plus d’un titre nous sommes même en retard sur de nombreux points. Tout cela conduit à une forte culture de la norme voir de la « normatisation ».

Aussi, comment exister sereinement et s’épanouir en tant que personne différente ou atypique dans ce contexte ? Comment ne pas prendre en compte comme un paramètre prépondérant, le fait qu’en France, il n’est généralement pas acceptable de ne pas penser ou fonctionner comme tout le monde ? Comment ne pas considérer que la Loi au sens psychanalytique utilisé par Tinocco pèse frorcément sur le développement de l’enfant précoce ?

Jusqu’à ce terme de « intellectuellement précoce » choisi par L’Éducation Nationale. N’en dit-il pas long sur le politiquement correct qui prédomine et la volonté de lisser la différence (« s’il est précoce aujourd’hui ça lui passera demain ») et surtout de ne pas la valoriser en n’utilisant pas le terme de « Haut Potentiel » ou « surdoué » qui pourraient casser l’idée prévalent de la norme et induire une quelconque supériorité potentielle ?

Dans notre pays la différence et acceptée si :

  • elle est légitimée par un processus élitiste communément admis (voir dimension hiérarchique) comme les grandes-écoles dont l’absence même de modestie du terme amuse nos voisins anglo-saxons.
  • Elle ne met pas en péril les croyances et/certitudes (voir dimension Incertitude). Ainsi un précoce est forcément issu d’une famille aisée qui l’a stimulé.
  • Et, la différence est tolérable si l’on est « moins » quelque chose que son voisin : la discrimination positive est acceptée et valorisée.

Je formule l’hypothèse (que je souhaiterais creuser), qu’être surdoué en France n’est pas perçu de façon positive et que cela joue fortement dans la prise en compte de cette question par notre société, à l’inverse de ce qui existe dans d’autres pays.
De cela découlerait notamment le retard de l’Éducation Nationale qui cumule à la fois le fait d’être le mammouth institutionnel que l’on connaît qui reproduit à l’infini et durant des ères interminables des modèles qui ne sont plus opérants, et le siège de l’égalité à la française qui s’appuie en fait sur une conception égalitariste qui n’a rien à voir avec l’égalité.

A suivre…

Dimensions Hofstede

Source : http://geert-hofstede.com

Les enfants intellectuellement précoces sont-ils particulièrement anxieux ?

Je réagis aujourd’hui au post paru le 9 février sur le blog de Nicolas Gauvrit : Les enfants intellectuellement précoces sont-ils particulièrement anxieux ?
Nicolas Gauvrit est l’auteur de Les surdoués ordinaires ouvrage que je n’ai pas encore chroniqué ici. Il est Maître de conférences et chercheur en sciences cognitives à l’Ecole pratique des hautes études (Paris).

Dans cet article, Nicolas Gauvrit aborde la question de l’anxiété communément admise des enfants précoces et publie deux graphiques montrant que si, selon les sondés, les enfants précoces seraient nettement plus anxieux, selon les recherches scientifiques, ils le seraient en définitive moins que les autres. L’auteur s’appuie toujours sur des publications scientifiques et nous saluons ici cette démarche scientifique.

Graphique anxiété Nicolas Gauvrit
Nous voudrions nous attarder dans cet article, sur l’aspect culturel, anthropologique, de la question du haut potentiel qu’aborde N. Gauvrit dans sa publication.
Il dit : « Il est bien sûr possible que l’anxiété des surdoués soit sous la dépendance d’effets culturels : aux Etats-Unis et en Israël, où une majorité de ces travaux ont été menés, les surdoués sont sans doute mieux perçus qu’en France, où on les considère parfois avec un certain mépris comme des enfants gâtés. Néanmoins, il se trouve que parmi les 13 études, deux ont été faites en France (Guénolé et al., 2013 ; Guignard et al., 2012), et aucune ne trouve de lien significatif entre anxiété et douance. »
Etant anthropologue de formation, je pense en effet que cette question de l’origine culturelle est essentielle. Nous sommes, en France, plongés dans une culture de la norme (voire de la normalisation) qui tend à bannir tout ce qui « dépasse ». On peut lire le chapitre consacré à ce sujet par Monique de Kermadec dans « L’adulte surdoué » (p89 à 99). Elle y explique notamment que notre fonctionnement sociétal hyper hiérarchisé, l’importance dans notre société du respect de la règle, la prédominance du long terme sur le court terme et le manque de valorisation de la prise de risques dans notre pays, convient assez peu aux surdoués.
Lorsqu’on travaille sur les questions de l’interculturalité ou de la multiculturalité, on se rend compte en effet de l’emprise culturelle et sociétale sur le développement de l’individu, sur sa capacité à se positionner en tant qu’individu au sein du groupe auquel il appartient etc. De très nombreux travaux d’anthropologues, sociologues et psychologues ont été publiés sur cette question. On peut citer Erving Goffman et l’excellent « Les rites d’interaction ».
Bref cet aspect de la question est extrêmement intéressant et personnellement me passionne, je continuerai à m’y intéresser. Tout comme me passionne l’apport récent des neuro-sciences et les travaux actuels sur le cerveau neurosocial et l’intelligence relationnelle (Goleman, Bustany, Cyrulnik etc).
Le livre de Nicolas Gauvrit est intéressant et apporte un éclairage nouveau et nécessaire sur ces surdoués « ordinaires ». Et cette question de l’anxiété et de son possible sur-investissement est également fort intéressante. Mais je pense qu’il n’est aujourd’hui pas possible, au vu du petit nombre d’études scientifiques menées dans notre pays et de la difficulté de constituer un échantillonnage « objectif » de surdoués (il l’explique lui-même dans son livre), de trancher sur cette question.
Au final, il me semble que toute catégorisation est actuellement hasardeuse, et qu’il est peut-être aussi « dangereux » et nuisible de publier un graphique montrant que les surdoués sont moins anxieux que les autres que de véhiculer l’idée que tous les HP sont anxieux.
A suivre…

Anthropologia a les honneurs de Sud Ouest

L’étude anthropologique et le cabinet Anthropologia à l’honneur dans Sud Ouest.

Un potentiel difficile à valoriser.
Les enfants intellectuellement précoces sont mal connus. Enquête d’une anthropologue.
Par Jean-Louis Hugon – Sud Ouest du 22/01/2015

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Extrait :
Olivia Gémain s’est intéressé de prés à cette question en allant voir 38 parents d’enfants landais confontés à ce porblème. Un travail réalisé entre novembre 2013 et mai 2014 de façon entièrement bénévole, dont elle a tiré un rapport.

Sud Ouest : Quelle a été votre démarche pour lancer cette enquête ?
Quand on cherche les réponses à ces questions, on ne les trouve que dans les livres, sur internet, dans des conférences ou auprès des associations. Mais la plupart du temps les parents sont livrés à eux-mêmes pour comprendre pourquoi leur enfant est différent des autres. C’est pour cela que je souhaitais voir els acteurs locaux, afin de collecter des informations et de connaître la situation réelle dans les Landes. Je suis allée rencontrer 38 familles (et aussi des professionnels de la santé et de l’éducation, des bénévoles d’associations), pour comprendre comment elle s’en sortent. Il fallait mettre des mots sur des maux.

Comment fonctionnent ces enfants que l’on appelle parfois des petits-génies ou des surdoués?
Il faut tout de suite oublier ces mots car ils reposent des a priori. Je préfère parler d’enfant à Haut Potentiel Intellectuel et Emotionnel (on parle de douance au Canada). Ce sont des êtres ayant un mode atypique de fonctionnement intellectuel, une structure de la pensée différente. Ils peuvent réfléchir plus rapidement, ont une pensée qui fonctionne en arborescence, leur permettant une éclosion d’idées en permanence.

L’intégralité de l’article ICI ou pdf sur demande.

Enfants Précoces Assistance

Enfants Précoces Assistance : association d’accompagnement des familles d’enfants précoces, surdoués ou à Haut Potentiel.

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Enfants Précoces Assistance est une association située dans les Landes. Fondée par des professionnels (Enseignant, Psychologue, Anthropologue, médecin…) elle organise des cafés-parents, des ateliers pour les enfants et les ados, des conférences etc.
Enfants Précoces Assistance accompagne également les parents dans les difficultés éventuelles rencontrées à l’école.
Visitez la page FB de l’Association.

 

Blandine Loustau, psychologue clinicienne

HP et souffrance de l’enfant.

Une interview de Blandine Loustau, Psychologue clinicienne du réseau Anthropologia dans Sud-Ouest.
L’article fait suite à la tentative de suicide d’un collégien.
L’intégralité de l’article  ICI
Blandine
Extrait : «  Au collège de Grenade-sur-l’Adour, en décembre 2011, un autre collégien EIP avait fait une tentative de suicide. Peut-on dire qu’ils sont une population plus à risque sur le suicide ?

Non. Faire ce lien serait une erreur très grave et lourde de conséquences. Ce que je peux affirmer, c’est que les enfants précoces dits « doués » ne sont pas seulement des enfants à fort potentiel, ce sont aussi des enfants à « haut risque ». D’où l’importance de repérer la précocité le plus tôt possible. Lorsqu’un enfant détecté précoce bénéficie d’un cadre familial rassurant et stable, il évolue de manière très favorable.

Le 27 octobre, « Sud Ouest » relatait le déménagement forcé d’une famille dont l’enfant, diagnostiqué précoce, subissait du harcèlement à l’école. Est-ce un problème fréquent chez les enfants précoces ?

C’est vrai, ils sont très souvent la cible de harcèlements. D’où l’importance d’une intégration avec les autres enfants dans un système scolaire adapté, structurant et rassurant. C’est très important qu’ils soient reconnus, acceptés et protégés. Le harcèlement est un système pervers, aux facteurs complexes mais qui intervient très souvent quand le cadre n’est pas posé.

Pourquoi n’y a-t-il pas plus de structures adaptées pour ces enfants ?

La précocité est très mal connue et reconnue par les professionnels de santé. C’est un sujet tabou et dérangeant. En France, nous sommes en retard dans ce domaine. Il manque des moyens financiers pour former des enseignants et des professionnels susceptibles de détecter la précocité. Il y a une volonté des organismes de fermer les yeux. En tant que professionnelle, je suis souvent en contact avec les écoles et parfois c’est un vrai parcours du combattant pour faire accepter la précocité car c’est un thème mal connu ou peu reconnu. Je regrette que certains professionnels contestent ou ne reconnaissent pas le haut potentiel. Cela peut aller jusqu’à contester la valeur d’un bilan psychométrique (test QI) ! Et çà c’est inquiétant. « 

Enseigner aux Hauts Potentiels

Enseigner aux  Hauts Potentiels – brochure d’information

 

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Une brochure du ministère de l’Education belge pour enseigner aux Hauts Potentiels. Rédigée à l’issue d’une recherche en éducation subventionnée par le Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle vise à permettre aux équipes éducatives de mieux connaître les élèves à hauts potentiels et la variété de leurs profils, mais aussi à leur proposer des pistes de différenciation pédagogique.  Des ressources externes et des outils, développés par un réseau d’enseignants et d’éducateurs, y sont présentés, et pourront être téléchargés dans leur intégralité sur le site : http://www.enseignement.be

Je vous envoie le PDF sur simple demande.

Extrait : «Surdoué », « doué », « talentueux », « intellectuellement précoce », « à hauts potentiels », la variété des termes et expressions utilisés pour désigner les enfants, les jeunes ou les adultes avec un quotient intellectuel plus élevé que la moyenne montre combien cette problématique est délicate. Délicate pour différentes raisons.
Le tabou de l’intelligence
La première raison, et certainement la plus difficile à aborder, concerne l’enjeu social de l’intelligence.
Dans une société de compétition où les compétences et les savoirs sont considérés comme cruciaux pour se construire un avenir, être déclaré moins intelligent que la moyenne peut peser lourd sur l’individu. Mais être déclaré plus intelligent que les autres n’est pas toujours plus facile à supporter : cette hypothèse d’être « plus » que les autres est vécue bien souvent comme une menace pour l’entourage, comme une chance éhontée, dont il faut bien se garder de faire étalage. »

 

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