SOPHROLOGIE ET HAUT POTENTIEL

En quoi la sophrologie est-elle un accompagnement efficace dans la gestion du Haut Potentiel ?

Si j’ai décidé il y a deux ans de me former à la sophrologie, c’est parce que je savais que la sophrologie pouvait être un bon outil pour l’accompagnement des enfants précoces et des adultes à Haut Potentiel.
À l’issue des 19 mois de formation du cycle fondamental du Master de sophrologie caycédienne, je sais que la sophrologie est plus que cela. Elle est un ensemble de propositions et de moyens, une boîte à outils complète, offerte à toute personne qui se donne la peine de bien vouloir l’ouvrir.

La Sophrologie est un entraînement personnel, basé sur des techniques de relaxation et d’activation du corps et de l’esprit. C’est une discipline qui permet à chacun de développer ses potentiels et ses capacités.

La Sophrologie caycédienne est la sophrologie dans sa forme authentique.

Elle a été créée en milieu hospitalier par le Dr Alfonso Caycedo, médecin psychiatre, qui n’a cessé depuis 1960 de développer et d’enrichir sa méthode.
Elle se fonde sur l’observation et l’étude de la conscience, de la perception corporelle et de la relation corps-esprit, ainsi que leur influence sur le mode de vie. Son objectif est d’aider à renforcer les attitudes et valeurs positives au quotidien, dans le champ professionnel comme personnel, ainsi que de développer les capacités de gestion active du stress et des émotions négatives. La pratique régulière de la Sophrologie caycédienne avec un professionnel puis de façon autonome permet ainsi à chacun d’optimiser ses capacités et son efficacité au quotidien. (Source : www.sofrocay.com)

Je souhaite ici aborder les quelques points essentiels qui me semblent justifier le recours à la sophrologie pour les personnes à Haut Potentiel. Ces considérations pourront être développées ultérieurement.

Le corps comme un refuge : réduire les pensées parasites.

Stopper ses pensées :

Souvent, l’enfant et l’adulte surdoués se sentent piégés dans un mental surefficient qui ne cesse jamais de fonctionner et les fatigue énormément. Une demande récurrente de ce public : comment stopper ces pensées incessantes, où est le bouton off ? Les conseils de l’entourage bien intentionné, se résument souvent en une injonction paradoxale : «  arrête de penser », « tu te poses trop de questions », ou, « tu devrais lâcher prise ». « Lâcher prise » est l’expression honnie et le pire conseil que l’on puisse donner à une personne à Haut Potentiel. C’est précisément ce qu’elle souhaiterait le plus au monde mais justement, elle n’y parvient que rarement, voire jamais.
Comment faire dès lors ? Plusieurs méthodes peuvent répondre à cette demande. Dans tous les cas, elles ne sont pas magiques et demandent de l’entraînement. On peut citer principalement le yoga, la méditation de pleine conscience et la sophrologie. Je vais bien entendu développer ici les atouts de la pratique sophrologique.

Un entraînement simple :

La sophrologie présente plusieurs avantages sur ses voisines et amies dont le plus évident est que l’entraînement est plus simple et les résultats plus rapides. Dès la première ou la seconde séance pratiquée avec un sophrologue on peut s’entraîner seul. Qui plus est, on peut s’entraîner en quelques minutes, n’importe où, dans la plupart des situations du quotidien. Chez soi, au travail, dans sa voiture, en se baladant dans la nature etc. Il n’y pas d’organisation complexe à mettre en œuvre pour ces petits exercices quotidiens. Si l’on veut en revanche faire un entraînement plus poussé, il faut du silence, une chaise et 10 à 20 minutes de son précieux temps. C’est tout ? Oui c’est tout.

Surrefficience mentale et fatigue:

Dans le cas de la surefficience mentale, ce sont les pensées en boucle qui fatiguent, angoissent et/ou empêchent de dormir l’enfant ou l’adulte à haut potentiel. Quelle est l’aide apportée par la sophrologie caycédienne ? En quoi le corps constitue-t-il un outil ?
La sophrologie permet de prendre conscience du fait que notre corps est un socle, un refuge permanent, contre les agressions extérieures et contre la prédominance du mental. Revenir à sa corporalité, ici et maintenant, est le meilleur moyen de lutter contre les assauts émotionnels et les pensées incessantes. Et le grand avantage, c’est que cet outil, notre corps, est toujours avec nous (pour autant que l’on ne souffre pas d’une forme de désincarnation pathologique). Il suffit simplement d’en avoir une meilleure conscience globale.

Le corps comme ressource : Prendre conscience de l’existence de son corps et de ses capacités.

Un rapport au corps distancié.

Très souvent la personne à haut potentiel souffre de manière insidieuse et non pathologique, d’un rapport distancié à son corps. Le corps est un outil, un vaisseau, qui doit se plier à sa volonté, lui obéir, la transporter et se faire le plus discret possible. La prédominance du mental sur le corps chez la personne HP, lui fait parfois penser que son corps n’est qu’une enveloppe extérieure, un dispositif de métabolisation de la nourriture et du sommeil.

En réalité le corps est premier, même lorsqu’il se laisse oublier. Je ne parle pas seulement ici de la nécessité de prendre soin de son corps par son alimentation et l’exercice physique. Il est davantage question de prendre conscience de son corps, de sa réalité, de ses forces et de ses capacités. Ce sont ces capacités structurelles de notre corps qui nous permettent d’exister. Il s’agit alors de le réaliser vraiment, et d’entraîner ces capacités pour les développer, les renforcer. La première capacité que l’on va utiliser, c’est la respiration.

De l’importance de la respiration.

Il paraît évident à tous que respirer est un acte automatique et permanent, commun aux êtres vivants. Mais il n’y a pourtant que l’Homme pour oublier de respirer. Pour bloquer sa respiration dans les moments les plus importants ou pour vivre en apnée les situations complexes ou douloureuses. La respiration n’est pas une simple oxygénation nécessaire de nos cellules, elle est également un vecteur de tension et de malaise, ou, a contrario, de détente et de bien-être. Il ne tient qu’à nous d’en prendre conscience et de s’en servir. C’est ce que propose la sophrologie : respirer en conscience.

Pour cela, il suffit de s’arrêter quelques instants, et de prendre conscience de sa respiration dans chaque étage respiratoire ou système. Prendre conscience du circuit de l’air, du mouvement corporel qui y est associé, de la température de cet air qui entre et qui sort et de son effet sur notre corps. La respiration devient ainsi un recours, un moyen efficace de lutter contre nombre de désagréments comme le stress, l’anxiété, les difficultés de concentration etc.

Renforcer la présence du corps dans la conscience.

La seconde étape sera de renforcer la présence du corps dans sa conscience en explorant sa forme et sa capacité de mouvement. Mon corps n’est pas étranger à moi-même. Je peux le toucher, le sentir, je peux expérimenter sa capacité de mouvement. Petit à petit cette concentration sur son corps permet d’intégrer la présence de ce corps dans la conscience.

Cette évolution simple n’est pas anodine. Elle est la première étape de la réconciliation entre le corps et l’esprit, étape fondamentale pour la personne à haut Potentiel qui a trop souvent oublié son corps.

L’hyperperception sensorielle.

 Dans les caractéristiques principales communes à toutes les personnes à Haut Potentiel, on retrouve une hyperperception sensorielle. Des cinq sens parfois, mais a minima de l’un d’entre eux.

Cette hyper réceptivité sensorielle est le plus souvent vécue comme anormale et parfois comme un inconvénient, car elle peut, dans certains cas, être la cause de malaises récurrents : phobies alimentaires, intolérance à certaines odeurs ou forte gêne face à elles, incapacité à se concentrer dans certaines circonstances sonores etc. Certains petits enfants ne supportent pas qu’on leur parle et qu’on les touche en même temps. Un contexte bruyant comme la crèche, va rendre le bébé ingérable, un collégien peut ne pas réussir à faire un contrôle en classe si son voisin de derrière tapote la table avec son stylo etc.

 Un déficit de l’inhibition latente

 Outre cette hyperperception sensorielle, la personne à Haut Potentiel présente un déficit de l’inhibition latente. Il s’agit d’un filtre, qui permet « normalement », de faire le tri entre les informations importantes et celles qui le sont moins. Toutes les informations quelles qu’elles soient arrivent au cerveau de la personne à Haut Potentiel avec la même importance.

Peu à peu, elle apprend à compenser cela. Mais, par exemple, la plupart des adultes conservent une grande difficulté à mener des conversations dans un endroit bruyant ou lorsqu’il y a plusieurs conversations en même temps. Tous les sons lui parviennent en effet avec la même intensité, la même importance de valeur et la nécessité de faire le tri dans ces différentes informations est coûteuse en énergie. C’est pourtant cette même capacité qui va permettre à l’enfant de faire ses devoirs même si la TV est allumée, tout en suivant la conversation des adultes à côté.

Cette capacité est importante mais trop stimulée ou dans un contexte trop complexe ou intense, la capacité se transforme en handicap. Dès lors on comprend que cette combinaison d’hyperpeception sensorielle et de déficit de la capacité de classification entraîne un potentielle gêne considérable. La sophrologie devient un atout majeur. Entraîner sa capacité de concentration et de choix permet un mieux être très rapide. C’est notamment le cas pour les enfants qui peuvent grâce à l’entraînement sophrologique augmenter leur capacité de concentration en dépit des bruits environnants.

Notre corps a une mémoire.

Une mémoire biologique, tissulaire, qui cohabite avec notre mémoire consciente. Cette mémoire un peu « reptilienne », passe presque toujours en second plan sauf dans les moments les plus violents. Elle nous sert notamment, en cas de danger, à fuir ou à combattre. Pourtant cette mémoire est également remplie de souvenirs positifs : de sensations corporelles de plaisir, de bonheur, de bien-être. Nous pouvons les laisser remonter à notre conscience, volontairement ou inconsciemment. En entraînant notre capacité à reconnaître les sensations corporelles liées à nos émotions, nous entrainons notre capacité à profiter de tous les bons moments présents mais également à laisser remonter de manière inopinée ou fortuite, des sensations nées de souvenirs « oubliés » par notre conscience.

En sophrologie, nous apprenons à reconnaître ces capacités de notre corps et à nous en servir pour capter davantage les sensations de plaisir, de joie et de bonheur et réduire les perceptions de douleur ou de souffrance.

Corps et esprit : Une rencontre nécessaire.

Somatisations et pathologies.

Fabrice Bak, psychologue cognitiviste spécialiste de la douance, a écrit sur le rapport complexe que la personne à HP entretient avec son corps.* Rapport distancié ou morcelé, instrumentalisation et même négation de son corps. Ceci n’est pas l’apanage de l’enfant, de l’adolescent ou de l’adulte doué bien entendu, mais comme tant de choses, cette perception tronquée l’est peut-être plus intensément encore chez ce public. Fabrice Bak parle notamment des troubles de la sexualité fréquents chez ce public.
On pourrait également, parler des somatisations et des pathologies récurrentes que l’on trouve chez ce public. Les maux de ventre et de tête de l’enfance s’installent et se transforment en troubles et douleurs diverses dont les plus fréquentes (et logiques) sont les ulcères, colopathies et migraines. N’étant pas médecin et n’ayant pas suffisamment enquêté sur ce sujet je me garderai bien de faire des raccourcis hasardeux et équivoques. Mais je constate néanmoins dans mes enquêtes ou lors des consultation à mon cabinet, que la population adulte des HP présente souvent des pathologies importantes dont certaines assez récurrentes. Ce n’est pas l’objet de cet article et je ne pousserai pas cet aspect plus avant.

Le principe d’action positive de la sophrologie caycédienne.

L’un des trois grands principes qui sous-tendent la sophrologie caycédienne est le principe d’action positive : toute action positive sur l’une des structures de la conscience se répercute positivement sur l’ensemble de ses structures.

Or, que nous rapportent les dernières recherches publiées dans le domaine des neurosciences ? Tous ces travaux ont mis à jour des découvertes fondamentales dans le rapport du corps et de l’esprit (Michel Le Van Quyen par exemple**). Ils permettent dès lors, de mettre en exergue, non pas seulement le pouvoir de l’esprit qui expliquerait certaines somatisations, mais également les liens indissociables qui existent entre le corps et l’esprit. Ces liens font que certaines pratiques de l’esprit ont une action réelle sur le corps et que « certains types d’entraînement mental ont un effet sur l’activité de régions cérébrales spécifiques, qui jouent un rôle clef dans notre santé et notre bien-être »**.

Les récentes expérimentations sur les mécanismes et les effets de la méditation ont clairement démontré l’action de l’esprit sur le corps. Notre cerveau influe sur notre bien-être corporel tout comme notre bien-être corporel peut influer sur notre programmation cérébrale. C’est notamment pour cette raison que, à la lumière des recherches de tous ces neurologues, neuroscientifiques, psychiatres etc sur les effets de l’entraînement mental sur la santé (dont les travaux menés par Christophe André sur la méditation de pleine conscience***), il nous faut prendre conscience de la puissance de l’outil sophrologique.

La pratique de la sophrologie est basée autant sur le corps que sur le mental. Elle permet d’entraîner ses capacités, de les développer. De reprogrammer des fonctionnements pathogènes, de stimuler les réflexes de bien-être et d’auto-guérison. Comment désormais, ne pas prendre en compte les conséquences « médicales » d’une hyper-efficience mentale, d’une hyperperception sensorielle et d’une hypersensibilité, surtout lorsque celles-ci sont cumulées ? Mais plus encore, comment ne pas considérer que la personne à HP, forte de ces capacités plus importantes encore que la moyenne, possèderait, grâce à l’entraînement sophrologique, un moyen d’influer véritablement et durablement sur son bien-être et sa santé ? Nous ne parlons pas ici de croyance ou de magie. Nous parlons de travail, de discipline, d’entraînement. Tout comme dans le cadre d’une activité physique, les progrès sont assujettis à la pratique régulière. Nous ne parlons surtout pas de substituer la sophrologie à la médecine. Nous parlons de renforcer des capacités, d’éviter l’installation de comportements et réflexes néfastes et d’accompagner le cas échéant des traitements allopathiques.

To be continued…

* Fabrice Bak  est psychologue cognitiviste. À lire : « La précocité dans tous ses états ».

** Michel Le Van Quyen est chercheur à l’INSERM. Il dirige un groupe de recherche à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière. Citation in : « Les pouvoirs de l’esprit ».

*** Christophe André est psychiatre et l’un des chefs de file des thérapies comportementales et cognitives en France. Il a été l’un des premiers à introduire l’usage de la méditation en psychothérapie. Nombreux ouvrages de référence.

Etre surdoué en France. Le poids du contexte culturel.

Et si être surdoué en France était particulièrement difficile, du fait du poids du contexte culturel?

Je voudrais revenir aujourd’hui sur les travaux de Geert Hofstede (psychologue social et professeur d’anthropologie) sur les dimensions culturelles. Ces travaux, commencés en 1967 se poursuivent toujours au sein du Hofstede Centre à Helsinki. Ceux-ci me sont d’une grande utilité lorsque j’anime des formations en entreprise sur l’interculturalité. Mais avant de se synthétiser ces travaux, quelques explications :

Tout le monde sait, de manière implicite, que des différences culturelles existent d’un pays à l’autre. Elles sont même, souvent, l’une des premières raisons au voyage. Mais « ailleurs » est aussi et toutjours « l’ici » d’un l’Autre – et réciproquement, ne l’oublions pas. Ou, comme se plaisait à nous le rappeler mon directeur de recherches à la fac : « nous sommes tous le sauvage d’un autre ». Cette réalité évidente devrait se rappeler à nous lorsque nous nous basons sur des études réalisées à l’étranger pour analyser des éléments de notre propre société. L’étude de la question du Haut Potentiel n’y fait pas exception. Il est fort tentant, vu le faible nombre d’études réalisées en France, d’aller chercher « ailleurs » des éléments de nature à étayer des hypothèses de travail hexagonales. L’anthropologue tapie en moi frémit à chaque fois. Comment est-il possible de faire fi des spécificités socio-culturelles du pays dans lequel sont réalisées ces différentes études ? Même Nicolas Gauvrit (in Les surdoués ordinaires) le reconnaît dans son article sur l’anxiété : « Il est bien sûr possible que l’anxiété des surdoués soit sous la dépendance d’effets culturels : aux Etats-Unis et en Israël, où une majorité de ces travaux ont été menés, les surdoués sont sans doute mieux perçus qu’en France, où on les considère parfois avec un certain mépris comme des enfants gâtés ». Notons l’usage du terme « possible »…

Monique de Kermadec ne s’y est elle pas trompée puisqu’elle introduit cette notion à plusieurs reprises dans l’excellent ouvrage (non scientifique certes) L’adulte surdoué – page 90 elle cite même le nom de Hofstede (ainsi que les travaux du sociologue français Michel Crozier). Mais elle est le seul auteur, parmi l’ensemble des travaux de « vulgarisation » paru ces dernières années, à tenir compte de ce paradigme.

Cette question des fondements culturels des sociétés et de leur impact sur le regard que porte une société sur les personnes à haut Potentiel devrait être à la base de toutes les réflexions sur ce sujet. Comment théoriser « universellement » sur cette question ? L’universalité en sciences humaines n’existe pas. Nous sommes tous immergés dans un contexte qui nous définit fondamentalement. Nous sommes en quelque sorte les « produits » de cette culture et les chercheurs eux-mêmes n’échappent pas à cette réalité, même si les laboratoires tentent (parfois) de réduire l’incidence de ce biais. Toute étude effectuée dans un pays ne vaut que  par et dans le contexte dans lequel elle a été produite et doit, à ce titre, être prise avec la plus grande prudence lorsqu’elle est « exportée » dans un autre pays.

Venons-en donc aux travaux de Geert Hofstede sur les dimensions culturelles. Selon Hofstede, la culture est une « programmation mentale » qui distingue les membres d’une culture par rapport à l’autre. Chaque culture fonctionne selon son propre système de valeurs et ses membres se comportent selon les règles qui sont appropriées dans une situation donnée. Son approche de la culture est basée sur la définition donnée par l’anthropologue américain Kluckhohn « la culture est la manière de penser, de sentir et de réagir d’un groupe humain, surtout acquise et transmise par des symboles, et qui représente son identité spécifique : elle inclut les objets concrets produits par le groupe. Le cœur de la culture est constitué d’idées traditionnelles et des valeurs qui lui sont attachées. »

Hofstede a mis en exergue 4, puis 5 et aujourd’hui 6 dimensions permettant de caractériser une société, un peu comme on étudie le profil psychologique d’une personne. Ces dimensions s’appuient sur la prééminence des valeurs collectives d’un groupe social. Chaque culture fonctionne selon son propre système de valeurs et ses membres se comportent dans une situation donnée, selon des règles implicites qui sont intériorisées.

A ce stade il est nécessaire d’anticiper d’éventuelles remarques en précisant que ces travaux ne permettent absolument pas de conclure à un déterminisme social à la Durkheim mais ressemblent davantage à la théorie de l’Habitus selon Bourdieu. Hofstede souligne que les dimensions culturelles sont uniquement une structure permettant d’évaluer globalement une culture donnée. Cela ne supprime nullement les autres facteurs comme la personnalité, l’histoire familiale et les valeurs de chaque individu.

C’est donc le degré de valeur accordée par le groupe, qui est évalué selon un barème de 1 à 120, pour chacune des dimensions.

Les six dimensions sont :

La distance hiérarchique : selon Hofstede, « la distance par rapport au pouvoir consiste en l’acceptation et l’attente, par les membres des organisations et des institutions ayant le moins de pouvoir, de ce que le pouvoir soit distribué de manière inégale. » Cette dimension mesure donc le rapport des individus à la hiérarchie et le degré d’inégalité attendu et accepté par les individus. Un score faible indique qu’une culture attend et accepte que les relations de pouvoir soient démocratiques et que ses membres soient perçus comme égaux. Un score élevé signifie au contraire que la société attend et accepte l’existence d’une forme hiérarchique importante.

Parmi les pays à distance hiérarchique élevée, nous trouvons les pays latins européens (France, Belgique, Italie, Espagne), les pays d’Amérique du Sud, les pays arabes et les pays d’Afrique noire.
Parmi les pays à distance hiérarchique faible, nous avons les pays germaniques, scandinaves et anglo-saxons.

Le contrôle de l’incertitude : il s’agit de « la tolérance d’une société pour l’incertitude et l’ambiguïté. » Cette dimension mesure la façon dont une société aborde le risque ou l’évite ainsi que l’anxiété face au changement. Les moyens utilisés par les sociétés pour limiter l’incertitude et les risques sont : la technologie, la loi et la religion.
Les cultures qui ont un indice élevé de contrôle de l’incertitude, sont peu tolérantes face au changement et ont tendance à réduire l’anxiété de l’inconnu en mettant en place des règles rigides, des règlements et/ou des lois. Les sociétés à faible indice de contrôle de l’incertitude sont plus ouvertes au changement, disposent de moins de règles et de lois, et leurs directives sont plus souples.

Parmi les pays avec un contrôle élevé de l’incertitude : La Russie, le Japon, le Pérou, La France, l’Espagne et le Chili.
Parmi les pays avec un contrôle faible de l’incertitude : les pays scandinaves, la Chine, les pays anglo-saxons, le Liban, le Sud-Est asiatique et les pays en voie de développement, comme l’Inde et les pays africains.

Individualisme ou collectivisme : mesure le « degré auquel les individus sont intégrés aux groupes. » Cette dimension (qui n’a aucune connotation politique) fait référence au degré d’indépendance et de liberté que peuvent revendiquer les membres d’une société.
Les cultures individualistes donnent de l’importance à la réalisation des objectifs personnels. Dans les société collectivistes, les objectifs du groupe et son bien-être ont plus de valeur que ceux de l’individu.

Les pays les plus individualistes sont les Etats-Unis, l’Australie, les Pays-Bas, et le Canada. La France, comme tous les autres pays européens, se classe du côté individualiste. Les pays arabes et tous les pays en voie de développement se retrouvent du côté des cultures communautaires.

L’indice de masculinité (et de féminité) : Cette dimension définit le niveau d’importance qu’une culture accorde aux valeurs de réussite et de possession (valeurs masculines) et à l’environnement social ou à l’entraide (valeurs féminines).
Les cultures dont le score est élevé sur l’échelle de la masculinité présentent généralement des différences plus évidentes entre les genres et ont tendance à être plus compétitives et ambitieuses. Celles dont le score est bas présentent moins de différences entre les genres et accordent plus de valeur à la construction des relations.

Les pays où l’indice de masculinité est le plus élevé sont le Japon, l’Allemagne, l’Italie et le Mexique.
Parmi les pays à culture féminine : Le score le plus élevé est celui des pays scandinaves et des Pays-Bas, puis le Chili.
En-dessous de la moyenne on trouve la Russie, le Pérou, la France et le Burkina-Faso.
Les pays anglo-saxons se situent au-dessus de la moyenne.

L’orientation à long terme contre orientation à court terme : Cette dimension décrit l’horizon temporel d’une société. Les cultures orientées court terme donnent de la valeur aux méthodes traditionnelles et au respect des engagements sociaux. Le temps est perçu comme circulaire. Cela signifie que passé et présent sont interconnectés et que ce qui ne peut être fait aujourd’hui peut l’être demain. L’opposé est l’orientation à long terme, qui perçoit le temps comme linéaire et regarde le futur plutôt que le présent ou le passé. Les valeurs sont patience et persévérance. Une telle société vise des objectifs et donne de la valeur aux récompenses.

Les pays dont l’orientation à long terme est la plus faible : Philippines, Maroc, Suède, Canada, USA, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie. France et Pays-Bas sont dans une moyenne.
Les pays dont l’orientation à long terme est la plus forte : Chine (de très loin), Hong-Kong, Russie, Taïwan, Japon, Corée du Sud.

Indulgence versus retenue (ou plaisir contre modération) : Cette dimension mesure la capacité d’une culture à satisfaire les besoins immédiats et les désirs personnels de ses membres. Les cultures donnant de la valeur à la modération disposent de règles et normes sociales strictes. Plus la mesure de cet indice est importante, plus l’optimisme est grand, la liberté d’expression garantie, la discipline morale faible. Plus cet indice est faible (la retenue ou modération prime) plus la discipline morale est importante, la liberté d’expression maîtrisée, le pessimisme important.

Pays à fort indice d’indulgence : Mexique, Colombie, Congo, Suède.
Pays à faible indice d’indulgence: Russie, Chine, Maroc, Corée du sud.
Canada, USA et Pays-Bas se situent davantage dans l’indulgence.
France, Japon et Allemagne sont en dessous de la moyenne.

Si l’on se base sur les six dimensions de Hofstede (voir graphique ci-dessous), on se rend compte qu’en France, notre rapport à la hiérarchie, notre très faible niveau de tolérance à l’incertitude, notre indice de masculinité moyen et notre rapport au temps et notre faible degré d’indulgence ne nous placent pas parmi les pays les plus novateurs sur ces questions. Chez nous la prise de risque n’est pas valorisée, le long terme qui nous fait nous tourner vers le passé, le poids des règles, de la norme et de la hiérarchie est prépondérant. La France n’est pas un pays très novateur sur les questions sociétales. A plus d’un titre nous sommes même en retard sur de nombreux points. Tout cela conduit à une forte culture de la norme voir de la « normatisation ».

Aussi, comment exister sereinement et s’épanouir en tant que personne différente ou atypique dans ce contexte ? Comment ne pas prendre en compte comme un paramètre prépondérant, le fait qu’en France, il n’est généralement pas acceptable de ne pas penser ou fonctionner comme tout le monde ? Comment ne pas considérer que la Loi au sens psychanalytique utilisé par Tinocco pèse frorcément sur le développement de l’enfant précoce ?

Jusqu’à ce terme de « intellectuellement précoce » choisi par L’Éducation Nationale. N’en dit-il pas long sur le politiquement correct qui prédomine et la volonté de lisser la différence (« s’il est précoce aujourd’hui ça lui passera demain ») et surtout de ne pas la valoriser en n’utilisant pas le terme de « Haut Potentiel » ou « surdoué » qui pourraient casser l’idée prévalent de la norme et induire une quelconque supériorité potentielle ?

Dans notre pays la différence et acceptée si :

  • elle est légitimée par un processus élitiste communément admis (voir dimension hiérarchique) comme les grandes-écoles dont l’absence même de modestie du terme amuse nos voisins anglo-saxons.
  • Elle ne met pas en péril les croyances et/certitudes (voir dimension Incertitude). Ainsi un précoce est forcément issu d’une famille aisée qui l’a stimulé.
  • Et, la différence est tolérable si l’on est « moins » quelque chose que son voisin : la discrimination positive est acceptée et valorisée.

Je formule l’hypothèse (que je souhaiterais creuser), qu’être surdoué en France n’est pas perçu de façon positive et que cela joue fortement dans la prise en compte de cette question par notre société, à l’inverse de ce qui existe dans d’autres pays.
De cela découlerait notamment le retard de l’Éducation Nationale qui cumule à la fois le fait d’être le mammouth institutionnel que l’on connaît qui reproduit à l’infini et durant des ères interminables des modèles qui ne sont plus opérants, et le siège de l’égalité à la française qui s’appuie en fait sur une conception égalitariste qui n’a rien à voir avec l’égalité.

A suivre…

Dimensions Hofstede

Source : http://geert-hofstede.com

Les enfants intellectuellement précoces sont-ils particulièrement anxieux ?

Je réagis aujourd’hui au post paru le 9 février sur le blog de Nicolas Gauvrit : Les enfants intellectuellement précoces sont-ils particulièrement anxieux ?
Nicolas Gauvrit est l’auteur de Les surdoués ordinaires ouvrage que je n’ai pas encore chroniqué ici. Il est Maître de conférences et chercheur en sciences cognitives à l’Ecole pratique des hautes études (Paris).

Dans cet article, Nicolas Gauvrit aborde la question de l’anxiété communément admise des enfants précoces et publie deux graphiques montrant que si, selon les sondés, les enfants précoces seraient nettement plus anxieux, selon les recherches scientifiques, ils le seraient en définitive moins que les autres. L’auteur s’appuie toujours sur des publications scientifiques et nous saluons ici cette démarche scientifique.

Graphique anxiété Nicolas Gauvrit
Nous voudrions nous attarder dans cet article, sur l’aspect culturel, anthropologique, de la question du haut potentiel qu’aborde N. Gauvrit dans sa publication.
Il dit : « Il est bien sûr possible que l’anxiété des surdoués soit sous la dépendance d’effets culturels : aux Etats-Unis et en Israël, où une majorité de ces travaux ont été menés, les surdoués sont sans doute mieux perçus qu’en France, où on les considère parfois avec un certain mépris comme des enfants gâtés. Néanmoins, il se trouve que parmi les 13 études, deux ont été faites en France (Guénolé et al., 2013 ; Guignard et al., 2012), et aucune ne trouve de lien significatif entre anxiété et douance. »
Etant anthropologue de formation, je pense en effet que cette question de l’origine culturelle est essentielle. Nous sommes, en France, plongés dans une culture de la norme (voire de la normalisation) qui tend à bannir tout ce qui « dépasse ». On peut lire le chapitre consacré à ce sujet par Monique de Kermadec dans « L’adulte surdoué » (p89 à 99). Elle y explique notamment que notre fonctionnement sociétal hyper hiérarchisé, l’importance dans notre société du respect de la règle, la prédominance du long terme sur le court terme et le manque de valorisation de la prise de risques dans notre pays, convient assez peu aux surdoués.
Lorsqu’on travaille sur les questions de l’interculturalité ou de la multiculturalité, on se rend compte en effet de l’emprise culturelle et sociétale sur le développement de l’individu, sur sa capacité à se positionner en tant qu’individu au sein du groupe auquel il appartient etc. De très nombreux travaux d’anthropologues, sociologues et psychologues ont été publiés sur cette question. On peut citer Erving Goffman et l’excellent « Les rites d’interaction ».
Bref cet aspect de la question est extrêmement intéressant et personnellement me passionne, je continuerai à m’y intéresser. Tout comme me passionne l’apport récent des neuro-sciences et les travaux actuels sur le cerveau neurosocial et l’intelligence relationnelle (Goleman, Bustany, Cyrulnik etc).
Le livre de Nicolas Gauvrit est intéressant et apporte un éclairage nouveau et nécessaire sur ces surdoués « ordinaires ». Et cette question de l’anxiété et de son possible sur-investissement est également fort intéressante. Mais je pense qu’il n’est aujourd’hui pas possible, au vu du petit nombre d’études scientifiques menées dans notre pays et de la difficulté de constituer un échantillonnage « objectif » de surdoués (il l’explique lui-même dans son livre), de trancher sur cette question.
Au final, il me semble que toute catégorisation est actuellement hasardeuse, et qu’il est peut-être aussi « dangereux » et nuisible de publier un graphique montrant que les surdoués sont moins anxieux que les autres que de véhiculer l’idée que tous les HP sont anxieux.
A suivre…

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