SOPHROLOGIE ET HAUT POTENTIEL

En quoi la sophrologie est-elle un accompagnement efficace dans la gestion du Haut Potentiel ?

Si j’ai décidé il y a deux ans de me former à la sophrologie, c’est parce que je savais que la sophrologie pouvait être un bon outil pour l’accompagnement des enfants précoces et des adultes à Haut Potentiel.
À l’issue des 19 mois de formation du cycle fondamental du Master de sophrologie caycédienne, je sais que la sophrologie est plus que cela. Elle est un ensemble de propositions et de moyens, une boîte à outils complète, offerte à toute personne qui se donne la peine de bien vouloir l’ouvrir.

La Sophrologie est un entraînement personnel, basé sur des techniques de relaxation et d’activation du corps et de l’esprit. C’est une discipline qui permet à chacun de développer ses potentiels et ses capacités.

La Sophrologie caycédienne est la sophrologie dans sa forme authentique.

Elle a été créée en milieu hospitalier par le Dr Alfonso Caycedo, médecin psychiatre, qui n’a cessé depuis 1960 de développer et d’enrichir sa méthode.
Elle se fonde sur l’observation et l’étude de la conscience, de la perception corporelle et de la relation corps-esprit, ainsi que leur influence sur le mode de vie. Son objectif est d’aider à renforcer les attitudes et valeurs positives au quotidien, dans le champ professionnel comme personnel, ainsi que de développer les capacités de gestion active du stress et des émotions négatives. La pratique régulière de la Sophrologie caycédienne avec un professionnel puis de façon autonome permet ainsi à chacun d’optimiser ses capacités et son efficacité au quotidien. (Source : www.sofrocay.com)

Je souhaite ici aborder les quelques points essentiels qui me semblent justifier le recours à la sophrologie pour les personnes à Haut Potentiel. Ces considérations pourront être développées ultérieurement.

Le corps comme un refuge : réduire les pensées parasites.

Stopper ses pensées :

Souvent, l’enfant et l’adulte surdoués se sentent piégés dans un mental surefficient qui ne cesse jamais de fonctionner et les fatigue énormément. Une demande récurrente de ce public : comment stopper ces pensées incessantes, où est le bouton off ? Les conseils de l’entourage bien intentionné, se résument souvent en une injonction paradoxale : «  arrête de penser », « tu te poses trop de questions », ou, « tu devrais lâcher prise ». « Lâcher prise » est l’expression honnie et le pire conseil que l’on puisse donner à une personne à Haut Potentiel. C’est précisément ce qu’elle souhaiterait le plus au monde mais justement, elle n’y parvient que rarement, voire jamais.
Comment faire dès lors ? Plusieurs méthodes peuvent répondre à cette demande. Dans tous les cas, elles ne sont pas magiques et demandent de l’entraînement. On peut citer principalement le yoga, la méditation de pleine conscience et la sophrologie. Je vais bien entendu développer ici les atouts de la pratique sophrologique.

Un entraînement simple :

La sophrologie présente plusieurs avantages sur ses voisines et amies dont le plus évident est que l’entraînement est plus simple et les résultats plus rapides. Dès la première ou la seconde séance pratiquée avec un sophrologue on peut s’entraîner seul. Qui plus est, on peut s’entraîner en quelques minutes, n’importe où, dans la plupart des situations du quotidien. Chez soi, au travail, dans sa voiture, en se baladant dans la nature etc. Il n’y pas d’organisation complexe à mettre en œuvre pour ces petits exercices quotidiens. Si l’on veut en revanche faire un entraînement plus poussé, il faut du silence, une chaise et 10 à 20 minutes de son précieux temps. C’est tout ? Oui c’est tout.

Surrefficience mentale et fatigue:

Dans le cas de la surefficience mentale, ce sont les pensées en boucle qui fatiguent, angoissent et/ou empêchent de dormir l’enfant ou l’adulte à haut potentiel. Quelle est l’aide apportée par la sophrologie caycédienne ? En quoi le corps constitue-t-il un outil ?
La sophrologie permet de prendre conscience du fait que notre corps est un socle, un refuge permanent, contre les agressions extérieures et contre la prédominance du mental. Revenir à sa corporalité, ici et maintenant, est le meilleur moyen de lutter contre les assauts émotionnels et les pensées incessantes. Et le grand avantage, c’est que cet outil, notre corps, est toujours avec nous (pour autant que l’on ne souffre pas d’une forme de désincarnation pathologique). Il suffit simplement d’en avoir une meilleure conscience globale.

Le corps comme ressource : Prendre conscience de l’existence de son corps et de ses capacités.

Un rapport au corps distancié.

Très souvent la personne à haut potentiel souffre de manière insidieuse et non pathologique, d’un rapport distancié à son corps. Le corps est un outil, un vaisseau, qui doit se plier à sa volonté, lui obéir, la transporter et se faire le plus discret possible. La prédominance du mental sur le corps chez la personne HP, lui fait parfois penser que son corps n’est qu’une enveloppe extérieure, un dispositif de métabolisation de la nourriture et du sommeil.

En réalité le corps est premier, même lorsqu’il se laisse oublier. Je ne parle pas seulement ici de la nécessité de prendre soin de son corps par son alimentation et l’exercice physique. Il est davantage question de prendre conscience de son corps, de sa réalité, de ses forces et de ses capacités. Ce sont ces capacités structurelles de notre corps qui nous permettent d’exister. Il s’agit alors de le réaliser vraiment, et d’entraîner ces capacités pour les développer, les renforcer. La première capacité que l’on va utiliser, c’est la respiration.

De l’importance de la respiration.

Il paraît évident à tous que respirer est un acte automatique et permanent, commun aux êtres vivants. Mais il n’y a pourtant que l’Homme pour oublier de respirer. Pour bloquer sa respiration dans les moments les plus importants ou pour vivre en apnée les situations complexes ou douloureuses. La respiration n’est pas une simple oxygénation nécessaire de nos cellules, elle est également un vecteur de tension et de malaise, ou, a contrario, de détente et de bien-être. Il ne tient qu’à nous d’en prendre conscience et de s’en servir. C’est ce que propose la sophrologie : respirer en conscience.

Pour cela, il suffit de s’arrêter quelques instants, et de prendre conscience de sa respiration dans chaque étage respiratoire ou système. Prendre conscience du circuit de l’air, du mouvement corporel qui y est associé, de la température de cet air qui entre et qui sort et de son effet sur notre corps. La respiration devient ainsi un recours, un moyen efficace de lutter contre nombre de désagréments comme le stress, l’anxiété, les difficultés de concentration etc.

Renforcer la présence du corps dans la conscience.

La seconde étape sera de renforcer la présence du corps dans sa conscience en explorant sa forme et sa capacité de mouvement. Mon corps n’est pas étranger à moi-même. Je peux le toucher, le sentir, je peux expérimenter sa capacité de mouvement. Petit à petit cette concentration sur son corps permet d’intégrer la présence de ce corps dans la conscience.

Cette évolution simple n’est pas anodine. Elle est la première étape de la réconciliation entre le corps et l’esprit, étape fondamentale pour la personne à haut Potentiel qui a trop souvent oublié son corps.

L’hyperperception sensorielle.

 Dans les caractéristiques principales communes à toutes les personnes à Haut Potentiel, on retrouve une hyperperception sensorielle. Des cinq sens parfois, mais a minima de l’un d’entre eux.

Cette hyper réceptivité sensorielle est le plus souvent vécue comme anormale et parfois comme un inconvénient, car elle peut, dans certains cas, être la cause de malaises récurrents : phobies alimentaires, intolérance à certaines odeurs ou forte gêne face à elles, incapacité à se concentrer dans certaines circonstances sonores etc. Certains petits enfants ne supportent pas qu’on leur parle et qu’on les touche en même temps. Un contexte bruyant comme la crèche, va rendre le bébé ingérable, un collégien peut ne pas réussir à faire un contrôle en classe si son voisin de derrière tapote la table avec son stylo etc.

 Un déficit de l’inhibition latente

 Outre cette hyperperception sensorielle, la personne à Haut Potentiel présente un déficit de l’inhibition latente. Il s’agit d’un filtre, qui permet « normalement », de faire le tri entre les informations importantes et celles qui le sont moins. Toutes les informations quelles qu’elles soient arrivent au cerveau de la personne à Haut Potentiel avec la même importance.

Peu à peu, elle apprend à compenser cela. Mais, par exemple, la plupart des adultes conservent une grande difficulté à mener des conversations dans un endroit bruyant ou lorsqu’il y a plusieurs conversations en même temps. Tous les sons lui parviennent en effet avec la même intensité, la même importance de valeur et la nécessité de faire le tri dans ces différentes informations est coûteuse en énergie. C’est pourtant cette même capacité qui va permettre à l’enfant de faire ses devoirs même si la TV est allumée, tout en suivant la conversation des adultes à côté.

Cette capacité est importante mais trop stimulée ou dans un contexte trop complexe ou intense, la capacité se transforme en handicap. Dès lors on comprend que cette combinaison d’hyperpeception sensorielle et de déficit de la capacité de classification entraîne un potentielle gêne considérable. La sophrologie devient un atout majeur. Entraîner sa capacité de concentration et de choix permet un mieux être très rapide. C’est notamment le cas pour les enfants qui peuvent grâce à l’entraînement sophrologique augmenter leur capacité de concentration en dépit des bruits environnants.

Notre corps a une mémoire.

Une mémoire biologique, tissulaire, qui cohabite avec notre mémoire consciente. Cette mémoire un peu « reptilienne », passe presque toujours en second plan sauf dans les moments les plus violents. Elle nous sert notamment, en cas de danger, à fuir ou à combattre. Pourtant cette mémoire est également remplie de souvenirs positifs : de sensations corporelles de plaisir, de bonheur, de bien-être. Nous pouvons les laisser remonter à notre conscience, volontairement ou inconsciemment. En entraînant notre capacité à reconnaître les sensations corporelles liées à nos émotions, nous entrainons notre capacité à profiter de tous les bons moments présents mais également à laisser remonter de manière inopinée ou fortuite, des sensations nées de souvenirs « oubliés » par notre conscience.

En sophrologie, nous apprenons à reconnaître ces capacités de notre corps et à nous en servir pour capter davantage les sensations de plaisir, de joie et de bonheur et réduire les perceptions de douleur ou de souffrance.

Corps et esprit : Une rencontre nécessaire.

Somatisations et pathologies.

Fabrice Bak, psychologue cognitiviste spécialiste de la douance, a écrit sur le rapport complexe que la personne à HP entretient avec son corps.* Rapport distancié ou morcelé, instrumentalisation et même négation de son corps. Ceci n’est pas l’apanage de l’enfant, de l’adolescent ou de l’adulte doué bien entendu, mais comme tant de choses, cette perception tronquée l’est peut-être plus intensément encore chez ce public. Fabrice Bak parle notamment des troubles de la sexualité fréquents chez ce public.
On pourrait également, parler des somatisations et des pathologies récurrentes que l’on trouve chez ce public. Les maux de ventre et de tête de l’enfance s’installent et se transforment en troubles et douleurs diverses dont les plus fréquentes (et logiques) sont les ulcères, colopathies et migraines. N’étant pas médecin et n’ayant pas suffisamment enquêté sur ce sujet je me garderai bien de faire des raccourcis hasardeux et équivoques. Mais je constate néanmoins dans mes enquêtes ou lors des consultation à mon cabinet, que la population adulte des HP présente souvent des pathologies importantes dont certaines assez récurrentes. Ce n’est pas l’objet de cet article et je ne pousserai pas cet aspect plus avant.

Le principe d’action positive de la sophrologie caycédienne.

L’un des trois grands principes qui sous-tendent la sophrologie caycédienne est le principe d’action positive : toute action positive sur l’une des structures de la conscience se répercute positivement sur l’ensemble de ses structures.

Or, que nous rapportent les dernières recherches publiées dans le domaine des neurosciences ? Tous ces travaux ont mis à jour des découvertes fondamentales dans le rapport du corps et de l’esprit (Michel Le Van Quyen par exemple**). Ils permettent dès lors, de mettre en exergue, non pas seulement le pouvoir de l’esprit qui expliquerait certaines somatisations, mais également les liens indissociables qui existent entre le corps et l’esprit. Ces liens font que certaines pratiques de l’esprit ont une action réelle sur le corps et que « certains types d’entraînement mental ont un effet sur l’activité de régions cérébrales spécifiques, qui jouent un rôle clef dans notre santé et notre bien-être »**.

Les récentes expérimentations sur les mécanismes et les effets de la méditation ont clairement démontré l’action de l’esprit sur le corps. Notre cerveau influe sur notre bien-être corporel tout comme notre bien-être corporel peut influer sur notre programmation cérébrale. C’est notamment pour cette raison que, à la lumière des recherches de tous ces neurologues, neuroscientifiques, psychiatres etc sur les effets de l’entraînement mental sur la santé (dont les travaux menés par Christophe André sur la méditation de pleine conscience***), il nous faut prendre conscience de la puissance de l’outil sophrologique.

La pratique de la sophrologie est basée autant sur le corps que sur le mental. Elle permet d’entraîner ses capacités, de les développer. De reprogrammer des fonctionnements pathogènes, de stimuler les réflexes de bien-être et d’auto-guérison. Comment désormais, ne pas prendre en compte les conséquences « médicales » d’une hyper-efficience mentale, d’une hyperperception sensorielle et d’une hypersensibilité, surtout lorsque celles-ci sont cumulées ? Mais plus encore, comment ne pas considérer que la personne à HP, forte de ces capacités plus importantes encore que la moyenne, possèderait, grâce à l’entraînement sophrologique, un moyen d’influer véritablement et durablement sur son bien-être et sa santé ? Nous ne parlons pas ici de croyance ou de magie. Nous parlons de travail, de discipline, d’entraînement. Tout comme dans le cadre d’une activité physique, les progrès sont assujettis à la pratique régulière. Nous ne parlons surtout pas de substituer la sophrologie à la médecine. Nous parlons de renforcer des capacités, d’éviter l’installation de comportements et réflexes néfastes et d’accompagner le cas échéant des traitements allopathiques.

To be continued…

* Fabrice Bak  est psychologue cognitiviste. À lire : « La précocité dans tous ses états ».

** Michel Le Van Quyen est chercheur à l’INSERM. Il dirige un groupe de recherche à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière. Citation in : « Les pouvoirs de l’esprit ».

*** Christophe André est psychiatre et l’un des chefs de file des thérapies comportementales et cognitives en France. Il a été l’un des premiers à introduire l’usage de la méditation en psychothérapie. Nombreux ouvrages de référence.

Les liens corps-esprit

La fin du tout neuronal – Les liens corps-esprit.

La science a montré que l’esprit émane de l’activité des neurones. Mais les liens corps-esprit ne sont pas tous élucidés : on découvre que nos pensées et nos émotions modifient notre cerveau et notre corps.

Corps et esprit sont-ils connectés ? Voilà un sujet qui fascine l’humanité depuis ses débuts… C’est ainsi que les anciens sages ont remarqué que nos croyances, nos pensées, nos émotions avaient une influence directe sur notre bien-être et hâtaient parfois la guérison. À leur suite, de grandes civilisations comme celles de l’Inde védique, de la Chine ancienne et de la Grèce antique ont inventé des médecines extrêmement sophistiquées, dont les principes reposaient sur le constat d’un lien étroit entre les pensées, les émotions et le fonctionnement corporel.

Le cerveau ne fait pas tout, tout seul

Aujourd’hui, les mécanismes du corps, et en particulier du cerveau, sont de mieux en mieux connus. Munie d’outils de dissection, de visualisation et de mesure de plus en plus puissants, la science a finalement montré que c’est bien le cerveau – et non le cœur – qui est à l’origine de notre pensée, de nos comportements, de notre conscience. Avec ses 100 milliards de neurones, organisés de façon très étroite en réseaux spécifiques, et encore plus de cellules non neuronales, notre cerveau est ce qui nous rend si unique ! C’est sans doute l’objet le plus complexe, le plus subtil, le plus extraordinaire qui puisse exister dans la nature.

Mais les neurones ne font pas tout… Malgré une meilleure compréhension des mécanismes biologiques, le lien qui unit le corps à l’esprit reste toujours obscur pour la science. Pourquoi ? D’après nous, la raison en est simple : l’esprit – c’est-à-dire tout ce qui se passe « dans nos têtes », la vie psychique ou mentale en général – est un phénomène fondamentalement subjectif. Prenez des expériences comme déguster du vin, aimer ou méditer ; ces moments sont propres à chacun et ne sont véritablement « connaissables » qu’à partir d’un point de vue subjectif, « de l’intérieur » de la personne en quelque sorte.

Même avec les techniques de pointe, les scientifiques ne font qu’observer « extérieurement » ces phénomènes, qui, en réalité, échappent dans leur essence à toutes leurs investigations. Ainsi, comme l’ont compris quelques chercheurs tel le neurobiologiste et philosophe chilien Francisco Varela, ancien directeur de recherche au CNRS, nous sommes toujours confrontés à deux formes de connaissance : d’une part, ce que nous savons du cerveau de l’extérieur (le cerveau de l’autre, à la troisième personne, l’objet que nous observons avec des instruments scientifiques) et, d’autre part, l’expérience que nous avons de notre propre esprit (notre conscience, notre subjectivité, vécue à la première personne). Un gouffre s’ouvre donc, et cela de plus en plus, entre l’expérience humaine de l’esprit et les explications scientifiques concernant le cerveau biologique.

Plus grave encore : les formidables progrès de la science moderne ont peu à peu distendu ce lien, en poussant la médecine à se focaliser sur les organes et à les aborder comme des entités séparées du reste de l’individu et de son esprit. Et la recherche s’est progressivement décomposée en une myriade de sous-domaines hyper- spécialisés… Si bien que de nos jours, la simple hypothèse d’une influence de l’esprit sur la santé du corps paraît désuète, si ce n’est naïve. Pire : pour certains, elle semble immédiatement relever du charlatanisme !

Penser différemment change le corps

Pourtant, les temps changent, et vite, en particulier dans la recherche scientifique. Tout récemment, grâce aux techniques d’exploration fonctionnelle du cerveau, les chercheurs ont mis des « images » sur une expérience intérieure restée longtemps invisible, et de ce fait inaccessible : la méditation. Et la preuve est faite désormais que certains entraînements de l’esprit ont un effet bénéfique sur des troubles aussi divers que la douleur, le stress, l’épilepsie ou la dépression.

Comme l’avaient pressenti les sages de l’Antiquité, et renonçant par là à une tradition que d’aucuns font remonter à Descartes, la science redécouvre peu à peu une vérité forte : certaines pratiques de l’esprit ont une action réelle sur le corps. Mieux : elles transforment littéralement le cerveau, dans sa structure et son fonctionnement le plus intime.

Fort de ce constat, plusieurs techniques psychologiques, d’origine souvent très ancienne et longtemps dénigrées, resurgissent progressivement dans le contexte médical ou hospitalier moderne. Regroupées sous le nom de médecines complémentaires ou « corps-esprit », des pratiques comme la méditation mais aussi l’autosuggestion, l’hypnose, le neurofeedback ou la musicothérapie connaissent un étonnant regain d’intérêt thérapeutique.

Comment l’interpréter ? Les patients sont, pour le coup, unanimes : il s’agit d’abord de limiter leur consommation de médicaments, et ainsi d’échapper à la nocivité de leurs effets secondaires. Mais une autre raison, plus profonde, se dessine : ces approches proposent toutes une façon différente de guérir. Elles encouragent le patient à s’impliquer, à agir positivement sur sa santé et à trouver en lui de nouvelles ressources qu’il pourra développer et exploiter de manière volontaire.

Ce numéro de L’Essentiel Cerveau & Psycho vous propose de faire le point sur certaines de ces pratiques de l’esprit, de montrer leurs domaines d’application et d’en présenter les bénéfices validés scientifiquement. Pour les patients, les chercheurs et les médecins, la redécouverte de ces méthodes ouvre autant de nouvelles voies très prometteuses. Les recherches actuelles foisonnent, d’autant que les questions ne manquent pas… Quels sont les processus physiologiques particuliers mobilisés par les techniques corps-esprit ? Comment évaluer leur efficacité sur le corps, cerveau compris ? Où s’arrêtent les effets thérapeutiques de ces pratiques ?

L’esprit est bien là…

Loin de nier l’existence de l’esprit, ces nouvelles recherches lui donnent un corps et laissent entrevoir une réalité qui va, nous le croyons, nous obliger à repenser la place de l’expérience subjective dans la science. Déjà, pour rendre compte de ces phénomènes psychocorporels, il est nécessaire d’accepter que l’esprit et le cerveau ne sont pas identiques. Cela ne remet nullement en cause l’idée postulant que l’esprit est un produit du cerveau. En revanche, comme le soutient aussi le prix Nobel de médecine Roger Sperry, cela suggère que les événements mentaux qui émergent des processus neuronaux peuvent influencer les processus physiques qui les créent.

On le voit donc bien : la science se trouve aujourd’hui à un tournant et l’intérêt actuel pour ces pratiques constitue une formidable opportunité d’élargissement et de renouvellement. Peut-être, après avoir longtemps banni le point de vue subjectif, les scientifiques seront-ils désormais capables d’intégrer l’expérience humaine et les pouvoirs de transformation exercés par l’esprit.

Les auteurs :

Michel Le Van Quyen est chercheur à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM, INSERM U1127, CNRS UMR 7225), à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris.

Christophe André est médecin psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris.

Pour en savoir plus

M. Le Van Quyen, Les Pouvoirs de l’esprit , Flammarion, 2015.

F. Varela, E. Thompson, E. Rosch, L’Inscription corporelle de l’esprit, Seuil, 1999.

R. W. Sperry, A modified concept of consciousness, in Psychological Review, vol. 76, pp. 532-536, 1969.

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