Scolarité houleuse, scolarité heureuse

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Une fois n’est pas coutume, je voudrais aborder cette rentrée de façon un peu personnelle afin de (re)donner espoir à tous les parents de ces petits zèbres et précoces de tous poils.

Je n’en fais pas mystère lorsqu’on me pose la question, c’est mon fils qui m’a amenée à décider de me consacrer à l’accompagnement du haut potentiel intellectuel et émotionnel. Si j’aborde publiquement le sujet aujourd’hui ce n’est pas pour faire l’étalage d’une quelconque fierté maternelle (même si je suis très fière de mon fils), mais pour encourager tous ces enfants et tous ces parents découragés, perdus et inquiets.
Dans quelques jours E. entre en seconde dans un excellent lycée de la région après avoir obtenu son DNB avec mention assez-bien. Pas de quoi sauter au plafond, sauf si l’on remonte un peu en arrière. Très en arrière. Précisément jusqu’en moyenne section de maternelle où une formidable institutrice (Anouk si tu te reconnais un jour, honte à toi) me déclare que mon fils ne saura jamais ni lire ni écrire et qu’il est une graine de délinquant… Il a alors trois ans… Ceci n’est que le début d’une grande histoire d’amour avec l’école qui durera jusqu’en 4ème , où tout va changer.

Détecté « enfant précoce » dès son plus jeune âge, E. a toujours été accompagné car il a eu cette immense « chance » de cumuler à peu près toutes les difficultés (un véritable cas d’école pour moi, merci à lui). Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dysgraphie, trouble visuo-spatial… Depuis son plus jeune âge il a connu psychologues, orthophonistes et psychomotricienne. Fin de la 6ème, on lui a même diagnostiqué à tort un TDAHI et prescrit de la Ritaline. Heureusement que nous l’avons fait re-tester ailleurs. Autant vous dire que durant toutes ces années ses résultats scolaires ont été inégaux et son comportement en classe souvent difficile pour les professeurs. E. a eu la chance d’être globalement accompagné par des professionnels de qualité mais cela n’a pas empêché la souffrance, l’isolement, le découragement, la spirale de l’échec, le dégoût de soi parfois et la profonde certitude d’être nul. Définitivement.

Alors comment en arrive-t-on aux résultats d’aujourd’hui vous demandez-vous ? Avec patience et confiance. En ne lâchant rien quoi qu’on vous dise sur votre enfant si vous jugez, vous, qu’il a les capacités d’y arriver. En lui permettant de croire que, s’il le veut vraiment comme il le dit, il pourra aller à l’université. En n’écoutant pas les fâcheux qui vous diront de laisser tomber. En trouvant les bons guides. En croyant en vous et en votre enfant. Il manque encore une chose à cette déjà délicate équation : en trouvant le bon établissement scolaire. Celui qui lui correspond. Et qui peut être parfois comme le dit le Dr. Olivier Revol, celui du bout de la rue. Un établissement scolaire dans lequel la Direction est sensible à la question des enfants précoces. Si possible de petite taille pour que l’enfant soit encadré. Et surtout un établissement bienveillant qui l’écoute, le reprend quand il s’égare mais sans le stigmatiser ni l’exclure et qui sait l’encourager, le féliciter et lui redonner confiance. Confiance dans les enseignants, dans la justice du système scolaire et surtout confiance en lui et envie d’y croire et d’avancer.
Bien entendu la route est encore longue pour E. jusqu’à l’université. Les embûches seront nombreuses peut-être. Il y aura des jours où le découragement reprendra le dessus. Mais rien ne pourra jamais lui enlever le souvenir de la joie de ce 12 juillet 2017 : admis avec mention assez-bien.

Alors ayez foi en votre enfant et en vous et ne baissez pas les bras. C’est difficile, injuste, inquiétant, désespérant ? Oui parfois. Souvent. Mais vous avez sûrement déjà croisé sur votre chemin de douleur, des enseignants supers ou des thérapeutes extra. Et nombreuses ont été vos joies et vos fiertés. N’oubliez pas non plus ces moments où la fulgurance de l’intelligence de votre enfant vous stupéfie. Où la sagesse de ses propos vous déconcerte. Où son extrême clairvoyance vous décontenance. Il est là l’espoir. Dans ses immenses capacités, dans sa grande résilience. Pourvu que ne disparaissent pas l’envie et la confiance.
Belle route à tous

L’adulte doué et ses parents

L’adulte doué et ses parents – par Arielle ADDA

Le Journal des Femmes – 13 mai 2016

Arielle Adda

Je poste cet article car cette question : « dois-je en parler à mes parents ? » m’est très souvent posée au cabinet par les adultes à Haut Potentiel. Arielle Adda ne répond pas précisément ici à cette question mais en revanche, elle montre, subtilement comme toujours, le lien nouveau qui peut se créer, quand cet enfant devenu adulte, apprend à son parent à se reconnaître lui-même  : la  portée de cette révélation n’est pas la même quand cette information essentielle, puisqu’elle touche le cœur même de la personne concernée, a été fournie par l’enfant qu’on a guidé, accompagné et éduqué en fonction de ses propres principes.  »

« Quand, après de longues recherches, des tâtonnements, de rencontres pas toujours efficaces avec des personnes sensées l’écouter et l’aider, un adulte découvre qu’il fait partie des personnes douées, il se demande inéluctablement comment se comporter vis-à-vis de ses parents.

Il lui a fallu un peu de temps pour accepter cette idée, mais, avant même d’en saisir véritablement toute la portée, il songe à ses parents. Grâce à l’éclairage fourni par cette découverte, il les voit différemment, il comprend mieux des aspects, parfois surprenants, de leur comportement et il commence à s’interroger sur sa façon d’être désormais avec eux. Il aimerait se hasarder à évoquer avec le plus de tact et de discrétion possibles  l’hypothèse d’un don intellectuel qui les concernerait eux aussi.

Il faut rester d’une prudence de sioux pour tenter d’entamer sans provoquer de dégâts trop meurtriers des défenses échafaudées durant des décennies. Dans le meilleur des cas, cette révélation peut entraîner une nouvelle forme d’entente, plus subtile et complice : ce parent ou ces parents qui ont été révélés à eux-mêmes par leur enfant se réconcilient avec des aspects de leur propre personnalité qu’ils ne comprenaient pas bien, ils savent désormais pourquoi certaines personnes les hérissent et pourquoi ils se sentent si heureux avec d’autres.  Même si ces idées restent floues, s’ils refusent de se reconnaître véritablement,  une modification subtile, pratiquement imperceptible, s’opère, comme un nœud caché qui se dénouerait et c’est leur enfant qui a réussi cette transformation, en se gardant bien d’exprimer des reproches pour les dénis et les aveuglements passés dont il comprendrait finalement  les raisons. Ses parents ont bien dû être alertés par une maîtresse particulièrement perspicace et attentive, ou par un professeur appréciant les qualités de leur enfant, mais ils n’auraient, en réalité, jamais osé envisager un quelconque don intellectuel, comme si cette hypothèse ne pouvait les concerner.

C’est leur enfant, devenu adulte,  qui joue le rôle de révélateur, il peut rarement mener à bien cette œuvre sans être aidé ou, du moins, accompagné, tant cette démarche demande de subtilité, de doigté, de finesse : les places sont inversées, l’enfant accompagne son parent sur le chemin de la révélation à lui-même.

Cette révélation peut s’appliquer à tout âge, même quand on arrive au bout de son existence, le temps qui reste encore  n’a pas la même tonalité, pas la même saveur. Il faut du temps pour s’habituer à cette donnée finalement révolutionnaire. Déjà l’adulte qui a entrepris ces démarches doit réviser son existence passée à la lumière de cette donnée : ses amitiés, parfois surprenantes, le déroulement de sa scolarité, les déconvenues qu’il ne s’expliquait pas ou bien dont il se sentait coupable, en fait tous les événements qui ont jalonné sa vie et qui semblaient parfois désordonnés et chaotiques en l’absence de la grille de lecture adaptée.

Ceux qui entreprennent cette démarche peuvent d’ailleurs être au seuil de la retraite, mais ils leur reste encore de nombreuses années et ils veulent qu’elles soient les plus riches et les plus intéressantes possibles : au contraire, débarrassés des contraintes familiales et professionnelles, quotidiennes et obligatoires, qu’ils ont supportées si longtemps, ils désirent s’accomplir pleinement, heureux de s’offrir une liberté ignorée jusque-là. Tout au long de ce parcours de révélation, ils sont restés maîtres de leur destinée.

Il arrive même que ce soit grâce à leurs petit enfants, reconnus officiellement « doués »,  qu’ils passent l’histoire de leur existence au filtre de cette nouvelle donnée ; c’est alors  une découverte encore plus troublante.

La  portée de cette révélation n’est pas la même quand cette information essentielle, puisqu’elle touche le cœur même de la personne concernée, a été fournie par l’enfant qu’on a guidé, accompagné et éduqué en fonction de ses propres principes. C’est une révision profonde de l’existence toute entière au moment où on aborde la période qui voit  s’amorcer les deuils, réels ou psychologiques, les renoncements de tous ordres,  les pertes auxquelles il faut bien se résigner.

Les enfants, déjà bien adultes, se sentent pratiquement contraints de communiquer cette donnée capitale à leurs parents.  Ils ne se sentiraient pas en paix avec eux-mêmes s’ils se dérobaient, mais il est parfois difficile de trouver le courage d’affronter des réactions bien souvent prévisibles de déni, d’indignation, d’incrédulité totale ou même de colère qu’aucune démonstration ne semble capable d’entamer.

La première étape, consistant à révéler à ses parents qu’on se situe dans une partie très restreinte de la population est déjà délicate.  Des parents y voient un reproche déguisé, ils se justifient alors, parfois par de brutales dénégations, comme d’y voir une excuse maladroite pour expliquer le  parcours scolaire mouvementé et décevant de cet enfant qui leur transmet ces informations tellement perturbatrices et ils s’insurgent contre cette hypothèse les concernant, mais cette position n’est pas tenable très longtemps, sauf exceptions particulièrement entêtées, et l’idée commence à faire son chemin.  On suggère quelques lectures sous le prétexte de mieux comprendre des petits enfants, des petits neveux, des petits voisins particulièrement éveillés.

C’est un travail extrêmement lent, souterrain, cette révélation s’opère peu à peu, à l’image des vestiges d’un très ancien temps profondément enfouis et qu’on met à jour avec de multiples précautions tant ils sont fragiles.

Plonger dans un passé si lointain où les souvenirs s’emmêlent ou bien se confondent parfois  avec l’Histoire est complexe ; il arrive pourtant que cette révélation modifie radicalement la personnalité de celui qui se découvre tel qu’il est véritablement. Lire ou entendre la description fidèle de soi sous un éclairage  qu’on ignorait peut amorcer une révolution tellement profonde que la personnalité toute entière est bouleversée. Le danger le plus dévastateur serait que, seul, l’un des deux parents soient concerné, mais, dans ce cas, il y a plus souvent eu une séparation : dans un couple solide, les deux partenaires doivent fonctionner au même rythme. Malgré tout, entre deux personnes également douées  une mésentente tout aussi destructrice peut s’installer, surtout s’il y a une faille profonde chez l’un d’eux. L’étincelle qui a jaillit lors de la rencontre n’a pas été suffisamment puissante pour dissiper tous les malaises installés depuis longtemps.

Les enfants devenus plus lucides comprennent l’origine de ces désastres, ils se sentent plus forts pour les affronter, ils commencent à connaître la paix. »

SOPHROLOGIE ET HAUT POTENTIEL

En quoi la sophrologie est-elle un accompagnement efficace dans la gestion du Haut Potentiel ?

Si j’ai décidé il y a deux ans de me former à la sophrologie, c’est parce que je savais que la sophrologie pouvait être un bon outil pour l’accompagnement des enfants précoces et des adultes à Haut Potentiel.
À l’issue des 19 mois de formation du cycle fondamental du Master de sophrologie caycédienne, je sais que la sophrologie est plus que cela. Elle est un ensemble de propositions et de moyens, une boîte à outils complète, offerte à toute personne qui se donne la peine de bien vouloir l’ouvrir.

La Sophrologie est un entraînement personnel, basé sur des techniques de relaxation et d’activation du corps et de l’esprit. C’est une discipline qui permet à chacun de développer ses potentiels et ses capacités.

La Sophrologie caycédienne est la sophrologie dans sa forme authentique.

Elle a été créée en milieu hospitalier par le Dr Alfonso Caycedo, médecin psychiatre, qui n’a cessé depuis 1960 de développer et d’enrichir sa méthode.
Elle se fonde sur l’observation et l’étude de la conscience, de la perception corporelle et de la relation corps-esprit, ainsi que leur influence sur le mode de vie. Son objectif est d’aider à renforcer les attitudes et valeurs positives au quotidien, dans le champ professionnel comme personnel, ainsi que de développer les capacités de gestion active du stress et des émotions négatives. La pratique régulière de la Sophrologie caycédienne avec un professionnel puis de façon autonome permet ainsi à chacun d’optimiser ses capacités et son efficacité au quotidien. (Source : www.sofrocay.com)

Je souhaite ici aborder les quelques points essentiels qui me semblent justifier le recours à la sophrologie pour les personnes à Haut Potentiel. Ces considérations pourront être développées ultérieurement.

Le corps comme un refuge : réduire les pensées parasites.

Stopper ses pensées :

Souvent, l’enfant et l’adulte surdoués se sentent piégés dans un mental surefficient qui ne cesse jamais de fonctionner et les fatigue énormément. Une demande récurrente de ce public : comment stopper ces pensées incessantes, où est le bouton off ? Les conseils de l’entourage bien intentionné, se résument souvent en une injonction paradoxale : «  arrête de penser », « tu te poses trop de questions », ou, « tu devrais lâcher prise ». « Lâcher prise » est l’expression honnie et le pire conseil que l’on puisse donner à une personne à Haut Potentiel. C’est précisément ce qu’elle souhaiterait le plus au monde mais justement, elle n’y parvient que rarement, voire jamais.
Comment faire dès lors ? Plusieurs méthodes peuvent répondre à cette demande. Dans tous les cas, elles ne sont pas magiques et demandent de l’entraînement. On peut citer principalement le yoga, la méditation de pleine conscience et la sophrologie. Je vais bien entendu développer ici les atouts de la pratique sophrologique.

Un entraînement simple :

La sophrologie présente plusieurs avantages sur ses voisines et amies dont le plus évident est que l’entraînement est plus simple et les résultats plus rapides. Dès la première ou la seconde séance pratiquée avec un sophrologue on peut s’entraîner seul. Qui plus est, on peut s’entraîner en quelques minutes, n’importe où, dans la plupart des situations du quotidien. Chez soi, au travail, dans sa voiture, en se baladant dans la nature etc. Il n’y pas d’organisation complexe à mettre en œuvre pour ces petits exercices quotidiens. Si l’on veut en revanche faire un entraînement plus poussé, il faut du silence, une chaise et 10 à 20 minutes de son précieux temps. C’est tout ? Oui c’est tout.

Surrefficience mentale et fatigue:

Dans le cas de la surefficience mentale, ce sont les pensées en boucle qui fatiguent, angoissent et/ou empêchent de dormir l’enfant ou l’adulte à haut potentiel. Quelle est l’aide apportée par la sophrologie caycédienne ? En quoi le corps constitue-t-il un outil ?
La sophrologie permet de prendre conscience du fait que notre corps est un socle, un refuge permanent, contre les agressions extérieures et contre la prédominance du mental. Revenir à sa corporalité, ici et maintenant, est le meilleur moyen de lutter contre les assauts émotionnels et les pensées incessantes. Et le grand avantage, c’est que cet outil, notre corps, est toujours avec nous (pour autant que l’on ne souffre pas d’une forme de désincarnation pathologique). Il suffit simplement d’en avoir une meilleure conscience globale.

Le corps comme ressource : Prendre conscience de l’existence de son corps et de ses capacités.

Un rapport au corps distancié.

Très souvent la personne à haut potentiel souffre de manière insidieuse et non pathologique, d’un rapport distancié à son corps. Le corps est un outil, un vaisseau, qui doit se plier à sa volonté, lui obéir, la transporter et se faire le plus discret possible. La prédominance du mental sur le corps chez la personne HP, lui fait parfois penser que son corps n’est qu’une enveloppe extérieure, un dispositif de métabolisation de la nourriture et du sommeil.

En réalité le corps est premier, même lorsqu’il se laisse oublier. Je ne parle pas seulement ici de la nécessité de prendre soin de son corps par son alimentation et l’exercice physique. Il est davantage question de prendre conscience de son corps, de sa réalité, de ses forces et de ses capacités. Ce sont ces capacités structurelles de notre corps qui nous permettent d’exister. Il s’agit alors de le réaliser vraiment, et d’entraîner ces capacités pour les développer, les renforcer. La première capacité que l’on va utiliser, c’est la respiration.

De l’importance de la respiration.

Il paraît évident à tous que respirer est un acte automatique et permanent, commun aux êtres vivants. Mais il n’y a pourtant que l’Homme pour oublier de respirer. Pour bloquer sa respiration dans les moments les plus importants ou pour vivre en apnée les situations complexes ou douloureuses. La respiration n’est pas une simple oxygénation nécessaire de nos cellules, elle est également un vecteur de tension et de malaise, ou, a contrario, de détente et de bien-être. Il ne tient qu’à nous d’en prendre conscience et de s’en servir. C’est ce que propose la sophrologie : respirer en conscience.

Pour cela, il suffit de s’arrêter quelques instants, et de prendre conscience de sa respiration dans chaque étage respiratoire ou système. Prendre conscience du circuit de l’air, du mouvement corporel qui y est associé, de la température de cet air qui entre et qui sort et de son effet sur notre corps. La respiration devient ainsi un recours, un moyen efficace de lutter contre nombre de désagréments comme le stress, l’anxiété, les difficultés de concentration etc.

Renforcer la présence du corps dans la conscience.

La seconde étape sera de renforcer la présence du corps dans sa conscience en explorant sa forme et sa capacité de mouvement. Mon corps n’est pas étranger à moi-même. Je peux le toucher, le sentir, je peux expérimenter sa capacité de mouvement. Petit à petit cette concentration sur son corps permet d’intégrer la présence de ce corps dans la conscience.

Cette évolution simple n’est pas anodine. Elle est la première étape de la réconciliation entre le corps et l’esprit, étape fondamentale pour la personne à haut Potentiel qui a trop souvent oublié son corps.

L’hyperperception sensorielle.

 Dans les caractéristiques principales communes à toutes les personnes à Haut Potentiel, on retrouve une hyperperception sensorielle. Des cinq sens parfois, mais a minima de l’un d’entre eux.

Cette hyper réceptivité sensorielle est le plus souvent vécue comme anormale et parfois comme un inconvénient, car elle peut, dans certains cas, être la cause de malaises récurrents : phobies alimentaires, intolérance à certaines odeurs ou forte gêne face à elles, incapacité à se concentrer dans certaines circonstances sonores etc. Certains petits enfants ne supportent pas qu’on leur parle et qu’on les touche en même temps. Un contexte bruyant comme la crèche, va rendre le bébé ingérable, un collégien peut ne pas réussir à faire un contrôle en classe si son voisin de derrière tapote la table avec son stylo etc.

 Un déficit de l’inhibition latente

 Outre cette hyperperception sensorielle, la personne à Haut Potentiel présente un déficit de l’inhibition latente. Il s’agit d’un filtre, qui permet « normalement », de faire le tri entre les informations importantes et celles qui le sont moins. Toutes les informations quelles qu’elles soient arrivent au cerveau de la personne à Haut Potentiel avec la même importance.

Peu à peu, elle apprend à compenser cela. Mais, par exemple, la plupart des adultes conservent une grande difficulté à mener des conversations dans un endroit bruyant ou lorsqu’il y a plusieurs conversations en même temps. Tous les sons lui parviennent en effet avec la même intensité, la même importance de valeur et la nécessité de faire le tri dans ces différentes informations est coûteuse en énergie. C’est pourtant cette même capacité qui va permettre à l’enfant de faire ses devoirs même si la TV est allumée, tout en suivant la conversation des adultes à côté.

Cette capacité est importante mais trop stimulée ou dans un contexte trop complexe ou intense, la capacité se transforme en handicap. Dès lors on comprend que cette combinaison d’hyperpeception sensorielle et de déficit de la capacité de classification entraîne un potentielle gêne considérable. La sophrologie devient un atout majeur. Entraîner sa capacité de concentration et de choix permet un mieux être très rapide. C’est notamment le cas pour les enfants qui peuvent grâce à l’entraînement sophrologique augmenter leur capacité de concentration en dépit des bruits environnants.

Notre corps a une mémoire.

Une mémoire biologique, tissulaire, qui cohabite avec notre mémoire consciente. Cette mémoire un peu « reptilienne », passe presque toujours en second plan sauf dans les moments les plus violents. Elle nous sert notamment, en cas de danger, à fuir ou à combattre. Pourtant cette mémoire est également remplie de souvenirs positifs : de sensations corporelles de plaisir, de bonheur, de bien-être. Nous pouvons les laisser remonter à notre conscience, volontairement ou inconsciemment. En entraînant notre capacité à reconnaître les sensations corporelles liées à nos émotions, nous entrainons notre capacité à profiter de tous les bons moments présents mais également à laisser remonter de manière inopinée ou fortuite, des sensations nées de souvenirs « oubliés » par notre conscience.

En sophrologie, nous apprenons à reconnaître ces capacités de notre corps et à nous en servir pour capter davantage les sensations de plaisir, de joie et de bonheur et réduire les perceptions de douleur ou de souffrance.

Corps et esprit : Une rencontre nécessaire.

Somatisations et pathologies.

Fabrice Bak, psychologue cognitiviste spécialiste de la douance, a écrit sur le rapport complexe que la personne à HP entretient avec son corps.* Rapport distancié ou morcelé, instrumentalisation et même négation de son corps. Ceci n’est pas l’apanage de l’enfant, de l’adolescent ou de l’adulte doué bien entendu, mais comme tant de choses, cette perception tronquée l’est peut-être plus intensément encore chez ce public. Fabrice Bak parle notamment des troubles de la sexualité fréquents chez ce public.
On pourrait également, parler des somatisations et des pathologies récurrentes que l’on trouve chez ce public. Les maux de ventre et de tête de l’enfance s’installent et se transforment en troubles et douleurs diverses dont les plus fréquentes (et logiques) sont les ulcères, colopathies et migraines. N’étant pas médecin et n’ayant pas suffisamment enquêté sur ce sujet je me garderai bien de faire des raccourcis hasardeux et équivoques. Mais je constate néanmoins dans mes enquêtes ou lors des consultation à mon cabinet, que la population adulte des HP présente souvent des pathologies importantes dont certaines assez récurrentes. Ce n’est pas l’objet de cet article et je ne pousserai pas cet aspect plus avant.

Le principe d’action positive de la sophrologie caycédienne.

L’un des trois grands principes qui sous-tendent la sophrologie caycédienne est le principe d’action positive : toute action positive sur l’une des structures de la conscience se répercute positivement sur l’ensemble de ses structures.

Or, que nous rapportent les dernières recherches publiées dans le domaine des neurosciences ? Tous ces travaux ont mis à jour des découvertes fondamentales dans le rapport du corps et de l’esprit (Michel Le Van Quyen par exemple**). Ils permettent dès lors, de mettre en exergue, non pas seulement le pouvoir de l’esprit qui expliquerait certaines somatisations, mais également les liens indissociables qui existent entre le corps et l’esprit. Ces liens font que certaines pratiques de l’esprit ont une action réelle sur le corps et que « certains types d’entraînement mental ont un effet sur l’activité de régions cérébrales spécifiques, qui jouent un rôle clef dans notre santé et notre bien-être »**.

Les récentes expérimentations sur les mécanismes et les effets de la méditation ont clairement démontré l’action de l’esprit sur le corps. Notre cerveau influe sur notre bien-être corporel tout comme notre bien-être corporel peut influer sur notre programmation cérébrale. C’est notamment pour cette raison que, à la lumière des recherches de tous ces neurologues, neuroscientifiques, psychiatres etc sur les effets de l’entraînement mental sur la santé (dont les travaux menés par Christophe André sur la méditation de pleine conscience***), il nous faut prendre conscience de la puissance de l’outil sophrologique.

La pratique de la sophrologie est basée autant sur le corps que sur le mental. Elle permet d’entraîner ses capacités, de les développer. De reprogrammer des fonctionnements pathogènes, de stimuler les réflexes de bien-être et d’auto-guérison. Comment désormais, ne pas prendre en compte les conséquences « médicales » d’une hyper-efficience mentale, d’une hyperperception sensorielle et d’une hypersensibilité, surtout lorsque celles-ci sont cumulées ? Mais plus encore, comment ne pas considérer que la personne à HP, forte de ces capacités plus importantes encore que la moyenne, possèderait, grâce à l’entraînement sophrologique, un moyen d’influer véritablement et durablement sur son bien-être et sa santé ? Nous ne parlons pas ici de croyance ou de magie. Nous parlons de travail, de discipline, d’entraînement. Tout comme dans le cadre d’une activité physique, les progrès sont assujettis à la pratique régulière. Nous ne parlons surtout pas de substituer la sophrologie à la médecine. Nous parlons de renforcer des capacités, d’éviter l’installation de comportements et réflexes néfastes et d’accompagner le cas échéant des traitements allopathiques.

To be continued…

* Fabrice Bak  est psychologue cognitiviste. À lire : « La précocité dans tous ses états ».

** Michel Le Van Quyen est chercheur à l’INSERM. Il dirige un groupe de recherche à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière. Citation in : « Les pouvoirs de l’esprit ».

*** Christophe André est psychiatre et l’un des chefs de file des thérapies comportementales et cognitives en France. Il a été l’un des premiers à introduire l’usage de la méditation en psychothérapie. Nombreux ouvrages de référence.

Les liens corps-esprit

La fin du tout neuronal – Les liens corps-esprit.

La science a montré que l’esprit émane de l’activité des neurones. Mais les liens corps-esprit ne sont pas tous élucidés : on découvre que nos pensées et nos émotions modifient notre cerveau et notre corps.

Corps et esprit sont-ils connectés ? Voilà un sujet qui fascine l’humanité depuis ses débuts… C’est ainsi que les anciens sages ont remarqué que nos croyances, nos pensées, nos émotions avaient une influence directe sur notre bien-être et hâtaient parfois la guérison. À leur suite, de grandes civilisations comme celles de l’Inde védique, de la Chine ancienne et de la Grèce antique ont inventé des médecines extrêmement sophistiquées, dont les principes reposaient sur le constat d’un lien étroit entre les pensées, les émotions et le fonctionnement corporel.

Le cerveau ne fait pas tout, tout seul

Aujourd’hui, les mécanismes du corps, et en particulier du cerveau, sont de mieux en mieux connus. Munie d’outils de dissection, de visualisation et de mesure de plus en plus puissants, la science a finalement montré que c’est bien le cerveau – et non le cœur – qui est à l’origine de notre pensée, de nos comportements, de notre conscience. Avec ses 100 milliards de neurones, organisés de façon très étroite en réseaux spécifiques, et encore plus de cellules non neuronales, notre cerveau est ce qui nous rend si unique ! C’est sans doute l’objet le plus complexe, le plus subtil, le plus extraordinaire qui puisse exister dans la nature.

Mais les neurones ne font pas tout… Malgré une meilleure compréhension des mécanismes biologiques, le lien qui unit le corps à l’esprit reste toujours obscur pour la science. Pourquoi ? D’après nous, la raison en est simple : l’esprit – c’est-à-dire tout ce qui se passe « dans nos têtes », la vie psychique ou mentale en général – est un phénomène fondamentalement subjectif. Prenez des expériences comme déguster du vin, aimer ou méditer ; ces moments sont propres à chacun et ne sont véritablement « connaissables » qu’à partir d’un point de vue subjectif, « de l’intérieur » de la personne en quelque sorte.

Même avec les techniques de pointe, les scientifiques ne font qu’observer « extérieurement » ces phénomènes, qui, en réalité, échappent dans leur essence à toutes leurs investigations. Ainsi, comme l’ont compris quelques chercheurs tel le neurobiologiste et philosophe chilien Francisco Varela, ancien directeur de recherche au CNRS, nous sommes toujours confrontés à deux formes de connaissance : d’une part, ce que nous savons du cerveau de l’extérieur (le cerveau de l’autre, à la troisième personne, l’objet que nous observons avec des instruments scientifiques) et, d’autre part, l’expérience que nous avons de notre propre esprit (notre conscience, notre subjectivité, vécue à la première personne). Un gouffre s’ouvre donc, et cela de plus en plus, entre l’expérience humaine de l’esprit et les explications scientifiques concernant le cerveau biologique.

Plus grave encore : les formidables progrès de la science moderne ont peu à peu distendu ce lien, en poussant la médecine à se focaliser sur les organes et à les aborder comme des entités séparées du reste de l’individu et de son esprit. Et la recherche s’est progressivement décomposée en une myriade de sous-domaines hyper- spécialisés… Si bien que de nos jours, la simple hypothèse d’une influence de l’esprit sur la santé du corps paraît désuète, si ce n’est naïve. Pire : pour certains, elle semble immédiatement relever du charlatanisme !

Penser différemment change le corps

Pourtant, les temps changent, et vite, en particulier dans la recherche scientifique. Tout récemment, grâce aux techniques d’exploration fonctionnelle du cerveau, les chercheurs ont mis des « images » sur une expérience intérieure restée longtemps invisible, et de ce fait inaccessible : la méditation. Et la preuve est faite désormais que certains entraînements de l’esprit ont un effet bénéfique sur des troubles aussi divers que la douleur, le stress, l’épilepsie ou la dépression.

Comme l’avaient pressenti les sages de l’Antiquité, et renonçant par là à une tradition que d’aucuns font remonter à Descartes, la science redécouvre peu à peu une vérité forte : certaines pratiques de l’esprit ont une action réelle sur le corps. Mieux : elles transforment littéralement le cerveau, dans sa structure et son fonctionnement le plus intime.

Fort de ce constat, plusieurs techniques psychologiques, d’origine souvent très ancienne et longtemps dénigrées, resurgissent progressivement dans le contexte médical ou hospitalier moderne. Regroupées sous le nom de médecines complémentaires ou « corps-esprit », des pratiques comme la méditation mais aussi l’autosuggestion, l’hypnose, le neurofeedback ou la musicothérapie connaissent un étonnant regain d’intérêt thérapeutique.

Comment l’interpréter ? Les patients sont, pour le coup, unanimes : il s’agit d’abord de limiter leur consommation de médicaments, et ainsi d’échapper à la nocivité de leurs effets secondaires. Mais une autre raison, plus profonde, se dessine : ces approches proposent toutes une façon différente de guérir. Elles encouragent le patient à s’impliquer, à agir positivement sur sa santé et à trouver en lui de nouvelles ressources qu’il pourra développer et exploiter de manière volontaire.

Ce numéro de L’Essentiel Cerveau & Psycho vous propose de faire le point sur certaines de ces pratiques de l’esprit, de montrer leurs domaines d’application et d’en présenter les bénéfices validés scientifiquement. Pour les patients, les chercheurs et les médecins, la redécouverte de ces méthodes ouvre autant de nouvelles voies très prometteuses. Les recherches actuelles foisonnent, d’autant que les questions ne manquent pas… Quels sont les processus physiologiques particuliers mobilisés par les techniques corps-esprit ? Comment évaluer leur efficacité sur le corps, cerveau compris ? Où s’arrêtent les effets thérapeutiques de ces pratiques ?

L’esprit est bien là…

Loin de nier l’existence de l’esprit, ces nouvelles recherches lui donnent un corps et laissent entrevoir une réalité qui va, nous le croyons, nous obliger à repenser la place de l’expérience subjective dans la science. Déjà, pour rendre compte de ces phénomènes psychocorporels, il est nécessaire d’accepter que l’esprit et le cerveau ne sont pas identiques. Cela ne remet nullement en cause l’idée postulant que l’esprit est un produit du cerveau. En revanche, comme le soutient aussi le prix Nobel de médecine Roger Sperry, cela suggère que les événements mentaux qui émergent des processus neuronaux peuvent influencer les processus physiques qui les créent.

On le voit donc bien : la science se trouve aujourd’hui à un tournant et l’intérêt actuel pour ces pratiques constitue une formidable opportunité d’élargissement et de renouvellement. Peut-être, après avoir longtemps banni le point de vue subjectif, les scientifiques seront-ils désormais capables d’intégrer l’expérience humaine et les pouvoirs de transformation exercés par l’esprit.

Les auteurs :

Michel Le Van Quyen est chercheur à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM, INSERM U1127, CNRS UMR 7225), à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris.

Christophe André est médecin psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris.

Pour en savoir plus

M. Le Van Quyen, Les Pouvoirs de l’esprit , Flammarion, 2015.

F. Varela, E. Thompson, E. Rosch, L’Inscription corporelle de l’esprit, Seuil, 1999.

R. W. Sperry, A modified concept of consciousness, in Psychological Review, vol. 76, pp. 532-536, 1969.

Potentiels et Talents

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Je restitue ici la tribune d’Eric Solot, philosophe, parue dans la dernière newsletter de
la Fondation Potentiels et talents.
Outre sa qualité littéraire, ce texte est extrêmement intéressant, voire fondateur.

D’ordinaire, les deux mots peuvent être confondus et passer pour synonymes ou presque. Mais, joints l’un à l’autre et ainsi posés ensemble, ils obligent à être entendus distinctement. L’ambiguïté subsiste toutefois en ceci qu’ils ne s’opposent pas comme des contraires (blanc et noir, chaud et froid, ouvert et fermé, ou encore serviette et torchon). Ils se complètent l’un l’autre en s’éclairant mutuellement.

Compris l’un l’autre à l’écart l’un de l’autre et de façon courante, le potentiel et le talent sont tous les deux des capacités, des aptitudes, des forces ou des pouvoirs. D’une part, un potentiel est l’ensemble des ressources qu’un individu, un groupe ou un système possède en puissance, c’est-à-dire une capacité ou une aptitude à agir ou produire, sans pour autant agir ou produire en effet (effectivement). Je n’agis, ni ne produis pas encore, mais j’en ai la capacité, la puissance ou la force. D’autre part, un talent est la disposition, l’habileté, la capacité ou l’aptitude de quelqu’un à réussir une action ou une fabrication. La différence avec le potentiel n’est pas nette. D’où la possibilité de confondre potentiel et talent. L’équivoque disparaît si l’on se réfère à l’usage précis des deux mots. On parle d’un potentiel électrique, d’un potentiel militaire, d’un potentiel affectif, d’une chute de potentiel, de variation de potentiel, etc. On ne parlerait pas d’un talent électrique, d’un talent militaire, d’un talent affectif, d’une chute de talent, ni d’une variation de talent, à tout le moins dans le même sens. Sans doute peut-on entendre dire de quelqu’un qu’il a un talent militaire, mais « talent militaire » et « potentiel militaire » font deux. Lorsqu’on apprend que la Russie renforce son potentiel militaire, on ne se dit pas que son talent augmente, mais qu’elle se donne davantage de forces de frappe et de moyens de défense. Tout le monde sait donc très bien que le potentiel est une chose et le talent une autre, car que sont la force et les moyens dont on dispose si l’on ne sait pas en user ? Bref, « potentiel » et « talent » ne sont pas synonymes. Le potentiel est une force et le talent un savoir ; le savoir permettant de bien se servir de cette force. C’est pourquoi, comme nous disions plus haut, le potentiel est la capacité ou l’aptitude à agir ou produire, tandis que le talent est la capacité ou l’aptitude à réussir une action ou une production. Le potentiel ne suffit pas en lui-même pour réussir à chaque fois, il faut aussi le talent.

Potentiels et talents : la compréhension ordinaire empêchant d’être humain.

Quel est alors leur sens lorsque les deux mots sont rassemblés ? On pourrait dire, en conséquence de ce qui a été mis au point, que le potentiel serait le moyen de faire quelque chose, qu’il s’agisse d’action ou de fabrication, tandis que le talent serait la façon de le faire, la manière ou l’art de s’y prendre pour réussir. Cela serait ensuite facile de comprendre pourquoi la fondation porte le nom « Potentiels et talents ». Les potentiels seraient les diverses forces de chacun, les capacités, les aptitudes et donc les divers moyens, tandis que les talents seraient les diverses manières dont chacun se servirait de ses propres forces, capacités, aptitudes et donc moyens. Sur cette lancée, il serait logique de penser que la fondation « Potentiels et talents » a pour but de permettre à tous les potentiels, et particulièrement à ceux que l’on appelle les hauts potentiels, de mettre à profit, aussi bien pour eux-mêmes que pour la société, leurs précieuses ressources, en sachant les dominer, les contrôler, les maîtriser et ainsi s’en servir à volonté pour agir ou fabriquer. Les hauts potentiels seraient ainsi, au sens littéral, de bons filons à exploiter.

Cette interprétation n’a de légitimité que si, au préalable, les hommes et les femmes ont été ramenés au niveau des choses et compris à partir d’elles comme s’en distinguant toutefois spécifiquement en ceci qu’ils sont doués d’une faculté rationnelle faisant d’eux des personnes et non pas seulement des choses ou objets. Comme l’être humain se comprend lui-même ainsi depuis des siècles de philosophie et de sciences dites humaines, l’interprétation des potentiels et des talents vaut pour lui comme pour les choses, à quelques variations près. N’est-ce pas de là que vient cette surprenante appellation, qui ne surprend plus personne, de « ressources humaines » ? L’être humain est devenu une matière première primordiale. Il est même la matière première la plus importante de toute puisque, contrairement aux autres matières, premières ou non, il a l’aptitude d’en tirer profit de lui-même et par lui-même. Cette aptitude devenue talent comblerait toutes les espérances. Ainsi pourrait-on financer la fondation « Potentiels et talents » avec le plus grand intérêt – dans tous les sens du terme. Les potentiels, c’est-à-dire les forces ou moyens humains d’agir ou de fabriquer, grâce aux écoles soutenues par la fondation, ne seront plus perdus, ni gâchés ou gaspillés, mais soigneusement éduqués pour qu’ils puissent enfin par eux-mêmes talentueusement se récupérer pour agir ou fabriquer avec autant de facilité que de performance et d’efficacité.

Potentiels et talents : une compréhension renouvelée permettant d’être humain

Ceci étant dit, il convient de prêter l’oreille à une autre interprétation qui devient sans doute d’autant plus urgente que l’être humain est, par son propre fait, de plus en plus empêché de l’entendre et de l’écouter. Peut-être y parviendrons-nous en faisant jouer les sens des verbes « être » et « posséder ». Il ne s’agit là que d’un essai dont il ne faudra pas oublier l’insuffisance ou le pis-aller.

La fondation « Potentiels et talents » ne s’occupe pas des potentiels que tel ou tel haut potentiel possède en puissance, et qu’une formation adaptée permettrait de talentueusement porter au bénéfice de tous en plus du sien, mais des potentiels que tel ou tel haut potentiel est et qu’il a à être d’autant plus difficilement que rien n’est fait pour qu’il le soit. Dans cette perspective, le potentiel est l’être même de l’être humain, potentiel dont l’exploitation perd tout sens, puisque ce dont il s’agit n’est rien de plus, ni rien de moins (mais la tâche est de tous les instants), que d’être celui qu’il est, c’est-à-dire d’être à la mesure de l’être qui est le sien. Être le potentiel que nous sommes chacun différemment et l’être de mieux en mieux à chaque fois plus entièrement, voilà comment il convient de comprendre le talent.

Pour reprendre l’exemple de la première tribune, c’est-à-dire celui de l’arbre qui, aux yeux du menuisier, a en lui le potentiel qu’il faut pour devenir une table, une armoire, une chaise ou un buffet, eh bien, le potentiel que nous sommes – que nous sommes, non que nous possédons – nous ne le devenons pas par transformation, c’est-à-dire en changeant notre être, mais en le reconnaissant et en nous y ajustant à chaque instant, puisque ne cesse jamais le risque de nous perdre. L’arbre qui est un arbre n’a aucun risque de s’égarer, de se manquer, ni de se perdre. Il n’a pas à être l’arbre qu’il est. Par contre, l’être humain, lui, n’est le potentiel qu’il est qu’en travaillant à l’être. Et mieux il y travaille, mieux il l’est. En quoi consiste précisément le talent. Il ne s’agit pas de transformer le potentiel qu’il est en autre chose, comme le marbre en statue ou le pétrole en plastique, mais de l’être. Car être humain n’est pas un état, mais une responsabilité. L’arbre, qu’il soit arbre encore ou devenu table, et la table, qu’elle soit table basse ou table de cuisine, ne sont pas responsables de leur être. Cette responsabilité proprement humaine vient de ce que l’être humain n’est l’est jamais une bonne fois pour toute, comme au contraire l’arbre devenu table ou chaise. Être avocat, promoteur immobilier, ébéniste, dentiste, danseur, informaticien, cuisinier ou plombier zingueur n’a pas lieu une bonne fois pour toute. Il faut toujours travailler à l’être pour ne pas nous perdre au risque de ne plus être ceux que nous sommes. Le poète César Pavese parlait ainsi du « métier de vivre », le peintre Georges Braque disant quant à lui : « Nous n’aurons jamais de repos, le présent est perpétuel ».

Faisons toutefois attention : la responsabilité, ici, ne doit pas se comprendre comme celle dont on parle après avoir commis un acte dont il faut assumer les conséquences. Le potentiel que nous avons à être ne relève pas de l’action, ni de la fabrication, mais de l’être. Il ne s’agit donc pas tant d’assumer ce que l’on fait que celui que l’on est. Assumer son être et assumer les conséquences de ses actes diffèrent en ceci qu’on peut toujours nous accuser d’avoir commis ce que nous pouvions ne pas avoir commis. En revanche, il est inconcevable de nous accuser d’être humain, c’est-à-dire d’avoir à être le potentiel que nous sommes. Or, c’est précisément ce qui se passe avec les hauts potentiels. Sous prétexte d’être hauts (la même chose vaut pour ceux qui sont bas, quoique selon une autre mesure), ils subissent les quolibets, moqueries, railleries ou autres détestables fantaisies de leurs camarades ou collègues normaux – normaux en ceci seulement qu’ils appartiennent à cette moyenne dont la société se sert comme norme pour évaluer les potentiels. Ils sont accusés d’être hauts potentiels et de ne pas arriver à l’être avec autant d’aisance que les potentiels moyens. À moins qu’ils ne s’en accusent eux-mêmes. Mais rien n’est fait pour les y aider. Au contraire, estimant qu’ils ont plus que les autres, on estime aussi qu’ils devraient y arriver mieux que les autres. Mais le talent s’obtient plus facilement là où le potentiel est moindre. Non certes pas parce qu’il est moindre, sinon les bas potentiels y parviendraient encore mieux, mais parce qu’il prend place dans la moyenne sur laquelle tout est aligné. Comprendre l’égalité à partir de l’égalisation, c’est-à-dire de la standardisation ou de l’uniformisation qu’on l’appelle rationalisation, unification, inclusion ou comme on voudra, cause un mal incalculable lorsqu’elle est appliquée aux êtres humains. Au lieu d’adapter le cursus scolaire à l’intelligence des élèves par respect pour leur différence, celui-ci les contraint à s’aligner sur l’intelligence moyenne pour laquelle il a été établi. Nous reviendrons sur cette paradoxale aberration égalitaire dans une prochaine tribune.

Le rapport entre potentiels et talents tel qu’il apparaît dans le nom de la fondation ne s’entend donc pas à partir du verbe posséder et comme une propriété à exploiter, mais à partir du verbe être, et comme ce que l’on a à être sans en devenir propriétaire. C’est nous en effet qui devons nous approprier à l’être que nous sommes et non nous l’approprier pour le transformer en je ne sais quel être inhumain. Bref, le potentiel est cet être que nous avons à être, et le talent le savoir être ce potentiel par la reconnaissance duquel nous sommes bel et bien ceux que nous sommes.

Eric Solot

Le bonheur au travail est-il possible pour les adultes surdoués ?

Le bonheur au travail est-il possible pour les adultes doués ?

« Mon expérience est que le lent et patient travail de connaissance de soi, de ses différents traits, la compréhension profonde de qui l’on est et le passage de la gêne ou de la honte à la fierté et la tranquillité d’être dans sa différence enfin comprise et assumée, le travail régulier de contact et de fluidification des émotions, le déblocage des schémas familiaux inefficaces, le retraitement des traumatismes, l’habileté relationnelle construite au fil des lectures et des expériences, la prudence, l’observation et le souci du détail, le travail, le goût et la discipline de se reconnecter régulièrement et sans complaisance au principe de réalité et enfin, l’accompagnement d’autres être atypiques fondent la possibilité réelle et durable pour des êtres atypiques d’être régulièrement et profondément heureux au travail et dans leur vie. »

Thierry Brunel in Adultes sensibles et doués – Trouver sa place au travail.

Les enfants intellectuellement précoces sont-ils particulièrement anxieux ?

Je réagis aujourd’hui au post paru le 9 février sur le blog de Nicolas Gauvrit : Les enfants intellectuellement précoces sont-ils particulièrement anxieux ?
Nicolas Gauvrit est l’auteur de Les surdoués ordinaires ouvrage que je n’ai pas encore chroniqué ici. Il est Maître de conférences et chercheur en sciences cognitives à l’Ecole pratique des hautes études (Paris).

Dans cet article, Nicolas Gauvrit aborde la question de l’anxiété communément admise des enfants précoces et publie deux graphiques montrant que si, selon les sondés, les enfants précoces seraient nettement plus anxieux, selon les recherches scientifiques, ils le seraient en définitive moins que les autres. L’auteur s’appuie toujours sur des publications scientifiques et nous saluons ici cette démarche scientifique.

Graphique anxiété Nicolas Gauvrit
Nous voudrions nous attarder dans cet article, sur l’aspect culturel, anthropologique, de la question du haut potentiel qu’aborde N. Gauvrit dans sa publication.
Il dit : « Il est bien sûr possible que l’anxiété des surdoués soit sous la dépendance d’effets culturels : aux Etats-Unis et en Israël, où une majorité de ces travaux ont été menés, les surdoués sont sans doute mieux perçus qu’en France, où on les considère parfois avec un certain mépris comme des enfants gâtés. Néanmoins, il se trouve que parmi les 13 études, deux ont été faites en France (Guénolé et al., 2013 ; Guignard et al., 2012), et aucune ne trouve de lien significatif entre anxiété et douance. »
Etant anthropologue de formation, je pense en effet que cette question de l’origine culturelle est essentielle. Nous sommes, en France, plongés dans une culture de la norme (voire de la normalisation) qui tend à bannir tout ce qui « dépasse ». On peut lire le chapitre consacré à ce sujet par Monique de Kermadec dans « L’adulte surdoué » (p89 à 99). Elle y explique notamment que notre fonctionnement sociétal hyper hiérarchisé, l’importance dans notre société du respect de la règle, la prédominance du long terme sur le court terme et le manque de valorisation de la prise de risques dans notre pays, convient assez peu aux surdoués.
Lorsqu’on travaille sur les questions de l’interculturalité ou de la multiculturalité, on se rend compte en effet de l’emprise culturelle et sociétale sur le développement de l’individu, sur sa capacité à se positionner en tant qu’individu au sein du groupe auquel il appartient etc. De très nombreux travaux d’anthropologues, sociologues et psychologues ont été publiés sur cette question. On peut citer Erving Goffman et l’excellent « Les rites d’interaction ».
Bref cet aspect de la question est extrêmement intéressant et personnellement me passionne, je continuerai à m’y intéresser. Tout comme me passionne l’apport récent des neuro-sciences et les travaux actuels sur le cerveau neurosocial et l’intelligence relationnelle (Goleman, Bustany, Cyrulnik etc).
Le livre de Nicolas Gauvrit est intéressant et apporte un éclairage nouveau et nécessaire sur ces surdoués « ordinaires ». Et cette question de l’anxiété et de son possible sur-investissement est également fort intéressante. Mais je pense qu’il n’est aujourd’hui pas possible, au vu du petit nombre d’études scientifiques menées dans notre pays et de la difficulté de constituer un échantillonnage « objectif » de surdoués (il l’explique lui-même dans son livre), de trancher sur cette question.
Au final, il me semble que toute catégorisation est actuellement hasardeuse, et qu’il est peut-être aussi « dangereux » et nuisible de publier un graphique montrant que les surdoués sont moins anxieux que les autres que de véhiculer l’idée que tous les HP sont anxieux.
A suivre…

Anthropologia a les honneurs de Sud Ouest

L’étude anthropologique et le cabinet Anthropologia à l’honneur dans Sud Ouest.

Un potentiel difficile à valoriser.
Les enfants intellectuellement précoces sont mal connus. Enquête d’une anthropologue.
Par Jean-Louis Hugon – Sud Ouest du 22/01/2015

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Extrait :
Olivia Gémain s’est intéressé de prés à cette question en allant voir 38 parents d’enfants landais confontés à ce porblème. Un travail réalisé entre novembre 2013 et mai 2014 de façon entièrement bénévole, dont elle a tiré un rapport.

Sud Ouest : Quelle a été votre démarche pour lancer cette enquête ?
Quand on cherche les réponses à ces questions, on ne les trouve que dans les livres, sur internet, dans des conférences ou auprès des associations. Mais la plupart du temps les parents sont livrés à eux-mêmes pour comprendre pourquoi leur enfant est différent des autres. C’est pour cela que je souhaitais voir els acteurs locaux, afin de collecter des informations et de connaître la situation réelle dans les Landes. Je suis allée rencontrer 38 familles (et aussi des professionnels de la santé et de l’éducation, des bénévoles d’associations), pour comprendre comment elle s’en sortent. Il fallait mettre des mots sur des maux.

Comment fonctionnent ces enfants que l’on appelle parfois des petits-génies ou des surdoués?
Il faut tout de suite oublier ces mots car ils reposent des a priori. Je préfère parler d’enfant à Haut Potentiel Intellectuel et Emotionnel (on parle de douance au Canada). Ce sont des êtres ayant un mode atypique de fonctionnement intellectuel, une structure de la pensée différente. Ils peuvent réfléchir plus rapidement, ont une pensée qui fonctionne en arborescence, leur permettant une éclosion d’idées en permanence.

L’intégralité de l’article ICI ou pdf sur demande.

Les maux inavoués des adultes surdoués

Les maux inavoués des adultes surdoués
in Le Monde du Un très bon article par il y déjà presque 3 ans dans le Monde sur le ressenti et la souffrance des AHPIE tardivement diagnostiqués. Un bon article parce que juste et sans pathos, sur un sujet rarement étudié dans la presse.

Extrait : «  Un sentiment de soulagement, de reconnaissance, et une reprise de confiance en soi. C’est ainsi que beaucoup d’adultes, tardivement diagnostiqués surdoués, décrivent ce qu’ils ont ressenti lorsqu’ils ont pu mettre un mot sur leur « différence ». Car, contrairement aux idées reçues, posséder une intelligence exceptionnelle n’est pas une garantie de bonheur et de réussite. Pas facile en effet de vivre en se sentant en permanence en décalage avec les autres, jugés trop lents, conformistes et sans fantaisie ; de supporter leurs moqueries, leur gêne, voire leur effroi face à une manière de penser, de réagir ou de s’exprimer différente.

La « surdouance », mot barbare utilisé pour désigner une intelligence hors norme et qui se caractérise par une curiosité insatiable, un mode de raisonnement arborescent (fonctionnant par association d’idées), une hyperactivité, une hypersensibilité, voire une extralucidité, concernerait environ un million d’adultes en France, selon les spécialistes. Si certains surdoués vivent très bien avec leurs aptitudes, d’autres sont en grande souffrance, se voient comme des marginaux, sont blessés de lire dans le regard des autres leur étrangeté.

« Avoir un QI élevé, ce n’est pas tellement être quantitativement plus intelligent que les autres, mais surtout avoir un fonctionnement qualitativement très différent au niveau intellectuel », souligne Jeanne Siaud-Facchin, auteure de Trop intelligent pour être heureux (éd. Odile Jacob, 2008). La psychologue surnomme affectueusement ses patients « les zèbres », animaux avec lesquels les surdoués partagent grâce et gaucherie.

C’est le cas de Geneviève Broutechoux, 52 ans, qui s’est résignée à quitter la France pour tenter de mener une vie meilleure en Angleterre où, dit-elle, « on considère les gens pour ce qu’ils font et non pour ce qui se dégage d’eux ». Diplômée d’HEC, elle a occupé en France plusieurs postes sans vraiment réussir à s’épanouir. « Je ne me suis jamais sentie à l’aise au sein d’une équipe. Cela m’irrite de constater que l’on n’évolue pas au même niveau. » Diagnostiquée surdouée récemment après des années de psychothérapie pour tenter de trouver « ce qui cloch(ait) » en elle, Geneviève a reçu cette révélation comme « une reconnaissance ». C’est en lisant le livre de Jeanne Siaud-Facchin puis celui de Monique de Kermadec L’Adulte surdoué (Albin Michel, 2011) qu’elle a compris d’où venait son mal-être. « Je me suis reconnue complètement dans les profils et les parcours retracés dans ces ouvrages », témoigne-t-elle. Un temps, elle projette de rejoindre l’association Mensa (« la table », en latin, qui regroupe des personnes à haut potentiel intellectuel et compte environ un millier d’adhérents en France), dans l’espoir de pouvoir dialoguer avec des gens susceptibles de la comprendre. Mais finalement y renonce.

A Londres, elle travaille actuellement dans le secteur de l’analyse d’opinions. « Je suis fine, je comprends très vite ce que les gens sont sans qu’eux-mêmes le sachent », dit-elle, doutant cependant de conserver ce poste longtemps. « Rien ne dure, à cause du décalage que je ressens entre moi et les autres », confie-t-elle. Sa vie sentimentale est également chahutée : « C’est difficile de rencontrer un homme réellement à la hauteur. » Quand elle regarde en arrière, elle dit ressentir « une immense détresse » : « On peut souffrir d’une mauvaise estime de soi tout en étant certain d’être quelqu’un de bien », résume-t-elle.

« Les adultes que je reçois ont longtemps vécu avec leur différence secrètement, comme un aspect négatif de leur personne dont ils ne pouvaient parler, témoigne Monique de Kermadec. Lorsqu’ils découvrent qu’ils ne sont pas seuls, qu’ils ne souffrent pas d’une pathologie psychiatrique, c’est pour la plupart l’occasion d’un redémarrage », poursuit la spécialiste.

C’est souvent lors d’une consultation pour leur enfant que des adultes découvrent leurs « surdons ». En effet, si l’on diagnostique aujourd’hui très tôt les enfants à fort QI, ce n’était pas le cas il y a une trentaine d’années. « 

La suite c’est ICI

 

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